Premier établissement d’Europe à s’équiper du NaviFUS, le Centre Léon Bérard de Lyon mise sur les ultrasons focalisés pour ouvrir temporairement la barrière hémato-encéphalique et faire enfin pénétrer les anticancéreux dans les métastases cérébrales. Gwladys Johnson présente pour The European Scientist cette technologie non invasive, dont le premier essai clinique est attendu fin 2027 ou début 2028.
Le Centre Léon Bérard (CLB) de Lyon a inauguré le 14 octobre 2026 le système NaviFUS, un appareil à ultrasons focalisés conçu par la société taïwanaise NaviFUS Corp, capable d’ouvrir temporairement la barrière qui protège le cerveau de toute substance extérieure. L’établissement est le premier en Europe à en disposer. L’objectif : faire pénétrer massivement des médicaments anticancéreux dans les tumeurs cérébrales, là où ils n’arrivent aujourd’hui qu’en quantité insuffisante.
La barrière hémato-encéphalique, un verrou pour les traitements
Les métastases cérébrales — des tumeurs secondaires issues d’un cancer localisé ailleurs dans le corps — représentent l’un des échecs persistants de la médecine de précision. En cause : la barrière hémato-encéphalique. Ce réseau de cellules endothéliales aux jonctions très serrées tapissant les capillaires cérébraux filtre en permanence ce qui passe du sang vers le cerveau, protégeant ce dernier des toxines et des agents infectieux. Mais elle bloque également les médicaments. Même les chimiothérapies les plus efficaces sur les tumeurs situées hors du crâne peinent à franchir cet obstacle.
Des microbulles et des ultrasons pour ouvrir la voie
Le NaviFUS contourne la difficulté sans chirurgie. Des microbulles sont d’abord injectées au patient par voie intraveineuse. L’appareil envoie ensuite des ondes sonores ultraciblées à travers le crâne. Ces ondes font vibrer les microbulles, qui écartent mécaniquement les cellules de la barrière, créant une ouverture temporaire. Les médicaments peuvent alors s’engouffrer dans la zone tumorale en quantité bien supérieure à la normale. La barrière se referme naturellement en 24 heures.
« Les médicaments peuvent alors pénétrer dans la zone tumorale. L’enjeu est de pouvoir augmenter réellement la dose de médicaments. Si on peut multiplier par 5, ce sera très important. L’objectif est de faire régresser de manière durable des métastases, voire de les faire disparaître », explique le docteur Louis Larrouquère, neuro-oncologue au CLB.
Ni IRM permanente ni ouverture du crâne
Le dispositif présente des avantages décisifs sur ses concurrents. Les deux autres technologies disponibles, Exablate (Insightec) et SonoCloud (Carthera), nécessitent respectivement un couplage permanent avec une IRM et l’ouverture du crâne pour installer un implant ne pouvant cibler qu’une zone précise et fixe. Le NaviFUS ne requiert ni l’un ni l’autre. Il est non invasif, indolore selon les médecins, et ses seuls effets secondaires connus sont un léger échauffement ou une irritation au niveau du crâne.
« C’est vraiment une marche d’escalier », souligne le professeur Jean-Yves Blay, directeur général du CLB et président d’Unicancer.
Un premier essai clinique attendu fin 2027 ou début 2028
L’appareil a été acquis grâce au soutien de la région Auvergne-Rhône-Alpes via le Fonds européen FEDER, à hauteur de 323 000 euros, et de l’institut SHAPE-Med@Lyon, pour 150 000 euros. Un premier essai clinique portant sur une trentaine de patients doit être lancé dès que 500 000 euros supplémentaires auront été réunis. L’inclusion du premier patient est prévue fin 2027 ou début 2028. Un essai de plus grande ampleur pourrait suivre à l’horizon 2030, en vue d’un marquage CE, l’équivalent pour un dispositif médical d’une autorisation de mise sur le marché.
Gwladys Johnson
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Crédit image : illustration générée par IA