Alors que les incendies monopolisent l’actualité, un autre sujet lié à la canicule reste largement sous-médiatisé : l’impact des températures élevées sur le fonctionnement des centrales nucléaires. Pourtant, les arrêts et redémarrages récents de certains réacteurs, ainsi que la modification temporaire accordée à la centrale du Bugey, méritent d’être examinés sans caricature.
Des arrêts liés à l’environnement, pas à la sûreté
Le 18 juillet 2026, le réacteur n°3 de Bugey a redémarré après un arrêt commencé le 10 juillet. Le 26 juillet, c’était au tour du réacteur 2 de Golfech, arrêté depuis le 9 juillet. Dans les deux cas, une légère baisse de la température du Rhône et de la Garonne a permis de revenir dans les limites réglementaires des rejets thermiques. Ces arrêts n’ont rien à voir avec la sûreté nucléaire. Ils relèvent purement de la réglementation environnementale, comme l’avait déjà souligné Christian Semperes dans ces colonnes.
Des règles différentes selon les sites
Toutes les centrales ne sont pas logées à la même enseigne. Les limites de rejets thermiques sont fixées par des arrêtés ministériels spécifiques à chaque site. Elles varient selon que la centrale se trouve en bord de mer ou de cours d’eau, et selon les caractéristiques particulières du milieu. L’exemple de Dampierre-en-Burly (Loire) est éclairant. L’arrêté de 2014 constate que l’échauffement moyen apporté par la centrale n’est que de 0,1 °C, que la limite de 1,5 °C reste inférieure aux valeurs retenues pour les eaux cyprinicoles (milieux aquatiques d’eau douce qui abritent ou peuvent abriter des poissons de la famille des cyprinidés, comme la carpe, la tanche, le gardon ou le barbeau), et qu’il n’est donc pas nécessaire d’imposer de température maximale en aval. Résultat : les centrales de la Loire n’ont pas de plafond de température aval comparable à celui de Golfech (28 °C), une valeur déjà atteinte en amont presque chaque été.
Bugey : une modification temporaire pour nécessité publique
C’est dans cet esprit que l’ASNR a autorisé, le 10 juillet 2026, une modification temporaire pour Bugey. Il ne s’agit pas d’une dérogation au sens courant, mais d’une disposition explicitement prévue par l’article R. 593-40 du code de l’environnement en cas de nécessité publique. RTE avait besoin, pour assurer l’équilibre du réseau dans le Sud-Est, que les réacteurs 4 et 5 restent en fonctionnement (même à puissance réduite). Le ministère chargé de l’énergie a formalisé cette demande le 9 juillet, confirmant qu’il s’agissait d’une nécessité publique pour la sécurité du système électrique.
Pas de « production à tout prix »
Cette décision n’autorisait pas de « produire à tout prix ». Elle ne concernait pas le réacteur 3 (en circuit ouvert, le plus impactant sur le Rhône), qui est resté à l’arrêt. Elle ne portait que sur les unités 4 et 5, en circuit fermé, avec des garde-fous stricts : échauffement limité à 1 °C et respect de la limite de 28 °C en aval. La modification a pris fin le 20 juillet, et pendant cette période les réacteurs n’ont pas toujours tourné à pleine puissance. L’enjeu était physique : disposer de l’inertie des groupes turbo-alternateurs, indispensable à la stabilité du réseau.
Un suivi environnemental systématique
Ces modifications temporaires restent épisodiques (2003, 2006, et surtout 2022 dans un contexte de risque de black-out). Elles s’accompagnent systématiquement d’un suivi de l’impact sur la biodiversité et de campagnes de mesures. Toutes celles réalisées jusqu’ici ont conclu à l’absence de conséquences réelles. Pour Bugey, une évaluation préliminaire devra être publiée au plus tard le 31 octobre 2026 et la version définitive le 31 mars 2027. Ces résultats seront publics.
Quelles perspectives pour la fin de l’été et au-delà ?
La fin de l’été s’annonce encore contrainte. Golfech 2 est déjà annoncé à l’arrêt à partir du 30 juillet, et la sécheresse pourrait se prolonger. De nouvelles modifications temporaires dépendront de la consommation, de la disponibilité du parc (notamment du retour des réacteurs en maintenance) et des autres moyens de production. À plus long terme, le changement climatique impose deux réflexions : l’adaptation des centrales, déjà engagée par EDF, et un réexamen apaisé — hors postures idéologiques — de la réglementation issue des années 1970, notamment la limite de 28 °C en aval. L’approche différenciée retenue pour les centrales de la Loire montre qu’une telle réflexion n’est ni taboue ni irréaliste.
La priorité reste la sécurité d’approvisionnement électrique, sans laquelle ni la transition énergétique ni la protection de l’environnement n’ont de sens. Les décisions prises à Bugey en juillet 2026 illustrent qu’il est possible de concilier ces impératifs avec sérieux et transparence, plutôt que de les opposer.
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