La canicule qui s’est abattue sur le continent européen impacte la production électrique. Arrêt d’un réacteur à Golfech (Tarn et Garonne), pétole (absence de vent ), flambée du coût de l’électricité…. Cet événement météorologique et l’impact qu’il a sur la production d’énergie est l’occasion de raviver certains débats. L’expert énergéticien Christian Semperes nous explique ici ce qu’il se passe et tord le coup à certaines croyances.
The European Scientist : Le 25 juin 2026, on a appris l’arrêt de réacteurs à cause de la canicule. Pouvez-vous nous expliquer les raisons de ces arrêts ? Y a-t-il des problèmes de sûreté ?
Christian Semperes : Contrairement à ce qu’on entend de la part des politiques et des journalistes qui le répètent, on n’arrête pas un réacteur parce qu’on a des difficultés à le refroidir. La preuve : il existe 4 réacteurs de 1000 MW à Barakah aux Émirats Arabes et 3 réacteurs de 1300 MW à Palo Verde en plein désert d’Arizona, du même type que nos réacteurs, avec des contextes climatiques beaucoup plus extrêmes, sans qu’il y ait de difficultés à les refroidir. Lorsqu’on arrête un réacteur à cause d’une canicule, il n’y a aucun problème de sûreté.
Chaque installation industrielle, qu’il s’agisse d’une centrale nucléaire, au gaz ou au charbon comme en Allemagne, est soumise à un arrêté de rejet dans l’environnement. Ce document règlementaire fixe les limites de rejets chimiques, radioactifs et d’eau chaude. Ces arrêtés de rejet sont spécifiques à chaque installation. Pour une question de dilution suffisante, ils fixent notamment le débit minimum du fleuve en dessous duquel, l’exploitant n’est plus autorisé à rejeter ses effluents. Ils fixent aussi la température limite de l’eau rejetée par l’installation. Ces seuils ont pour objectif de ne pas impacter le milieu naturel.
En baissant la puissance émise par le réacteur et transformée en électricité, on baisse de fait la température de rejet. Parfois, quelques dizaines de MW de baisse de charge sur un réacteur de 1000 MW suffisent à respecter la règlementation. L’impact sur le réseau est négligeable.
Lorsqu’on est en été, la consommation électrique est faible. Le gestionnaire de réseau demande souvent l’arrêt de réacteurs, à cause de la priorité donnée à la production des ENRi lorsqu’ils produisent. Dans sa gestion de production globale de ses 57 réacteurs, EDF privilégie l’arrêt des réacteurs soumis à des contraintes climatiques. Cela permet également d’économiser leur combustible, pour garantir le service au public en périodes de forte consommation et de faible production des ENRi, l’hiver et les nuits sans vent par exemple. Et lorsqu’on arrête le réacteur, la puissance résiduelle du réacteur à l’arrêt est epsilonesque et n’impacte en rien le milieu naturel.
En résumé, on arrête un réacteur suivant un texte réglementaire pour éviter d’impacter le milieu naturel. Certainement pas pour une question technique ou un impératif de sûreté.
TES : Certains ont saisi l’occasion pour dénoncer le manque de fiabilité du nucléaire et la nécessité de développer davantage les alternatives telles que les ENRi, par exemple. Selon vous, faut-il davantage d’éoliennes ?
C.S.: C’est un classique, chaque année à pareille époque. L’idéologie antinucléaire utilise la peur du nucléaire et la méconnaissance pour répéter l’arrêt du nucléaire comme solution à tous nos maux. Un rapport de la Cour des comptes a chiffré les pertes de production entre l’année 2000 et 2022 à cause des canicules. Si on y ajoute les chiffres de 2023 et 2024, la perte de production du parc nucléaire français est en moyenne de 0,24 % de la production annuelle. Le pic de perte de production a été enregistré lors de la canicule de 2003 avec 1,6 %. Autant dire, l’épaisseur du trait.

La solution prônée par les antinucléaires est la prolifération des ENRi. Ces périodes de canicule entraînent un anticyclone puissant et durable qui bloque toute circulation d’air à grande échelle. Dans ces conditions, le parc éolien français, offshore compris, a été quasiment à l’arrêt du 15 au 24 juin 2026, avec des valeurs de facteur de charge comprises entre un pic haut de 24 % et une multitude de pics bas à 3 %. Lorsqu’il n’y a pas de vent, qu’on ait une éolienne ou 1000 éoliennes, la production est nulle. La seule solution est d’attendre…

TES. : Qu’en est-il au niveau européen, qu’observe-t-on au niveau de la production d’énergie ? Y-a-t-il des pays qui s’en sortent mieux que d’autres ?
CS. : Les pro ENRi et en même temps antinucléaires nous répètent qu’il y a toujours du vent quelque part. L’Europe de l’Ouest étant influencée par l’océan Atlantique, quand il n’y a pas de vent en France, nos voisins sont logés à la même enseigne. Chez nos voisins belges, hollandais et allemands, il suffit de regarder les prix de l’électricité lorsque le solaire a fini de produire à 20h et sans nucléaire. Les prix de l’électricité le 24/06/2026 à 20 h 45 était respectivement de 1038 €/MWh, 902 €/MWh, 747 €/MWh. On comprend facilement pourquoi. D’après le principe de calcul du prix de l’électricité fixé par la Commission européenne appelé MERIT ORDER, c’est le dernier moyen de production appelé pour produire qui le détermine. Quand on n’a plus de soleil, pas de vent à cause de l’anticyclone et pas de nucléaire par idéologie, le prix de l’électricité est fixé par le gaz au tarif du détroit d’Ormuz. La note est sévère en € dépensés par les clients et en émissions de CO₂ pour l’humanité, parce que le CO₂ ne s’arrête pas à la frontière.

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