Réagissant à un tweet de l’agriculteur ChristopheB au sujet d’essais en plein champ de pommes de terre, issues de l’édition génomique, #Crisper qui débuteront en 2026 aux Pays-Bas, une variété résistante durablement au mildiou, l’ancien ministre de l’écologie, François de Rugy s’est prononcée en faveur de ces essais et ce, de manière assez élogieuse. Il a affirmé : « les résultats des recherches sur la génétique des plantes sont très prometteur pour l’agriculture et notre alimentation ne bloquons pas les progrès en Europe, au nom de la confusion avec les OGM des années 1990 ! Il est grand temps d’autoriser, les expérimentations de ces nouvelles variétés végétales, écologiquement vertueuses, qui permettront de réduire l’usage de pesticides et de s’adapter au réchauffement climatique. »
🧬 Les résultats des recherches sur la génétique des plantes sont très prometteurs pour l’agriculture et notre alimentation 🚜🍽️
🌾Ne bloquons pas ces progrès en Europe au nom de la confusion avec les #OGM des années 1990 !
🌼Il est grand temps d’autoriser les expérimentations… https://t.co/1P5Ihhqplt
— François de Rugy (@FdeRugy) April 11, 2026
Voici donc un encore un bel exemple de « conversion » d’un ancien écologiste politique comme il y en a beaucoup d’autres.
Conversion
J’appelle « convertis » les écologistes dogmatiques qui sont passés dans le camp de la science prométhéenne afin de défendre celle-ci (1). Parmi les plus célèbres, on compte notamment l’ancien fondateur de Greenpeace, Patrick Moore ; le chroniqueur Michael Shellenberger, jadis militant anti nucléaire devenu pro nucléaire ; le statisticien suédois Bjorn Lomborg auteur du best-seller le Skeptical Environmentalist qui fait une critique de l’écologisme ; l’anglais Mark Lynas militant anti-OGM devenu pro OGM, comprenant que les OGM étaient la meilleure solution pour lutter contre le réchauffement climatique.
En France on trouve également des convertis : Brice Lalonde sur la thématique nucléaire, ou encore Jean-Claude Jaillette, auteur de la célèbre Une de Libération, « Alerte au soja fou » qui, en 1996, a déclenché la querelle des OGM en France et qui après avoir lu des livres d’experts est devenu pro-OGM. On pourrait rajouter enfin, Bertrand Alliot ancien membre du bureau de la LPO – en précisant toutefois qu’à ce titre, il n’a jamais été militant anti-science prométhéenne – fondateur d’Action écologie, une association qui milite contre le catastrophisme et l’écologie politique.
Cela fait plus d’un an que François de Rugy anime et si l’économie sauvait l’écologie, en compagnie de Laurent Lesage, une chaîne Youtube qui a pour objectif de renouveler le débat sur l’écologie. La chaine propose critique « L’écologie radicale qui cherche a imposer un projet de décroissance qui ne permet pas de financer la transition écologique. » Avec ce tweet pro NGT, de Rugy confirme bien son entré au club des convertis.
Bien évidemment ces personnalités se font étriller par leurs anciens camarades de lutte qui ne manquent pas de dénoncer leur trahison en les traitant de technosolutionistes : ils ont osé reconnaître que la science prométhéenne restait la meilleure solution pour permettre à l’humanité de s’adapter à son environnement.
Cas par cas
Comme je l’ai rappelé, l’idéologue se distingue du scientifique par le fait qu’il ne change pas d’avis et continue de défendre la même thèse alors que de nouveaux éléments apportés à la connaissance permettent d’échafauder une nouvelle théorie, voire de changer de paradigme, ou encore tout simplement d’innover (2). Le cas des biotechnologies est particulièrement intéressant de ce point de vue, car en l’espace d’une trentaine d’années on a vu plusieurs innovations se succéder, preuve s’il en est que la science procède au pas à pas – le troisième cavalier de l’alliage du principe de cas par cas (3). Dans les années 50 on utilisait les rayons X pour provoquer des mutations, puis on a utilisé la transgénèse végétale avec les OGM dans les années 80, puis est venu l’ère de CRISPR dans les années 2010. Pour reprendre la synthèse de Catherine Regnault Roger s’appuyant sur les expressions de Dudna et Liu, on est passé du maillet, au ciseau, puis au crayon. De ce point de vue, F de Rugy a raison de souligner qu’on a dépassé les OGM des années 90. Toutefois cela laisse croire que ces derniers étaient de mauvaise facture. Et c’est ce que continuent de proférer les idéologues.
En finir une fois pour toute avec l’idéologie
Comme je l’ai démontré, les racines de la querelle des OGM sont idéologiques (3). Elle viennent du fait que les anti-OGM ont affirmé que la transgenèse végétale n’était pas naturelle et donc que les OGM n’étaient pas équivalents en substance aux variétés issues de la sélection classique. Selon les opposants en insérant des gènes étrangers dans un génome, on violait la barrière des espèces, ce qui a donné naissance à un paralogisme (raisonnement biaisé) de la transgénèse végétale :
- « Tous les êtres naturels sont bons » (faux);
- « Les OGM ne sont pas des êtres naturels » (faux) ;
- Les « OGM ne sont pas bons » (faux).
C’est avec cet a priori purement idéologique que les militants OGM ont accueilli toutes les innovations des biotechnologies. Or qu’il s’agisse de santé (4) ou d’environnement (5), ou d’économie (6), les bénéfices des OGM de première génération sont largement démontrés.
On retiendra de cette histoire c’est l’intention de l’écologisme qui est de construire un discours alternatif à celui de la science prométhéenne en faisant une OPA sur le concept de nature (7) et en se ré-appropriant celle-ci : la nature ne ferait pas d’OGM et le biotechnicien fabriquerait des monstres dans son laboratoire. Alors que le transfert horizontal de l’information génétique existe bien dans la nature et la transgénèse ne fait que de s’en inspirer.
En conclusion, on se réjouit de voir François de Rugy prendre fait et cause pour les NGT et en appeler à ce que la loi change au sein de l’UE. D’autant plus que ce combat est loin d’être gagné. On ajoute toutefois que cette démarche aura d’autant plus de chance d’aboutir que les décideurs reconnaîtront le caractère idéologique de l’opposition aux biotechnologies. Monsieur De Rugy a donc en perspective un beau sujet à traiter sur sa chaine.
(1) Jean-Paul Oury, Greta a tué Einstein (VA édition 2020)
(2) Jean-Paul Oury, De Gaïa à l’IA (VA édition 2024)
(3) Jean-Paul Oury, La querelle des OGM (PUF, 2006) et https://www.lemonde.fr/planete/article/2008/05/20/les-ogm-querelle-ideologique-par-jean-paul-oury_1047107_3244.html
(4) En 2016 Les trois Académies américaines, The National Academies of Science, Engineering and Medicine, ont publié un rapport de plus 600 pages. Les plantes biotech ne présentent pas plus de toxicité et d’écotoxicité ou de risques environnementaux que les plantes conventionnelles
(5)17,30% d’intrants en moins, 183 Millions d’HA économisés, 39 mds de KG d’émission de CO2 en moins
(6) 90 % de petits agriculteurs ont bénéficié de l’innovation
(7) https://www.letemps.ch/opinions/lopa-lecologisme-nature-conduit-decroissance?srsltid=AfmBOoq2Wv7yMNQ7OpHzRCztQbEejl9NEvGETDvmg3s_l8j06kcbZBlr
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