La puissance des ordinateurs quantiques pourrait plafonner bien plus tôt que prévu. C’est la conclusion d’une étude publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences par Tim Palmer, physicien à l’université d’Oxford. Selon lui, ces machines atteindraient leurs limites autour de 1 000 qubits.
Un qubit est l’unité de base d’un ordinateur quantique, l’équivalent du bit dans un ordinateur classique. Mais là où un bit classique ne peut valoir que 0 ou 1, un qubit peut représenter les deux à la fois. Un ordinateur quantique peut ainsi explorer des millions de solutions simultanément, là où une machine classique les traite une par une. Chaque qubit supplémentaire double cette capacité. Sur le papier, ajouter des qubits revient à multiplier la puissance de calcul à une vitesse vertigineuse.
Depuis dix ans, laboratoires et géants technologiques investissent des milliards dans cette course. Les machines sont passées de quelques dizaines de qubits à plusieurs centaines. L’objectif affiché : atteindre des millions de qubits pour résoudre des problèmes impossibles à traiter aujourd’hui.
Tim Palmer estime que cette trajectoire a une limite physique. Selon lui, la quantité d’information que la matière peut réellement contenir est finie. À partir d’un certain seuil, ajouter des qubits n’augmente plus la puissance réelle de la machine. Ce serait comme agrandir indéfiniment un entrepôt dont les étagères seraient toujours vides.
Ce plafond se situerait autour de 1 000 qubits. Or certaines machines actuelles s’en approchent déjà.
Les conséquences pratiques sont importantes. L’une des grandes craintes autour de ces technologies est leur capacité à casser les systèmes de chiffrement qui protègent les transactions bancaires et les communications privées. Si Tim Palmer a raison, cette menace serait largement surestimée.
Mais d’autres promesses seraient aussi revues à la baisse : concevoir de nouveaux médicaments, optimiser les réseaux de transport ou modéliser le climat à grande échelle. Ces applications resteraient hors de portée, même avec des machines plus puissantes.
L’analyse du physicien d’Oxford ne fait pas l’unanimité. Les bases mathématiques de la physique quantique restent solides, et d’autres chercheurs contestent ses conclusions. Mais le débat arrive à un moment clé, alors que les investissements mondiaux dans ce secteur n’ont jamais été aussi élevés.