Les matières étudiées à l’école façonnent les orientations politiques des élèves, dès l’adolescence et jusqu’à l’âge adulte. C’est ce que révèle une étude britannique qui a suivi des jeunes de 10 à 18 ans, puis dans la vingtaine, en analysant l’évolution de leurs préférences politiques selon leur parcours scolaire.
En Grande-Bretagne, le niveau de diplôme est déjà l’un des meilleurs prédicteurs du vote. Lors des élections générales de juillet 2024, 18 % des électeurs sans diplôme ont voté pour le parti populiste Reform, soit deux fois et demi plus que parmi les diplômés du supérieur. À l’inverse, les diplômés votaient trois fois plus pour les Verts que les non-diplômés.
Mais les chercheurs ont montré que cette fracture commence bien avant l’université. Les élèves qui étudient des matières de sciences humaines — histoire et arts notamment — deviennent plus enclins à soutenir des partis socialement libéraux. Ceux qui suivent des filières techniques, comme la conception et la technologie, penchent davantage vers la droite radicale.
« Un élève en histoire rencontre des idées différentes et développe des compétences différentes de celui qui étudie la physique, même s’ils obtiennent au final le même nombre de diplômes », soulignent les auteurs de l’étude.
Ces effets perdurent à l’âge adulte. Un adulte ayant passé un baccalauréat en économie ou en gestion affiche une probabilité de voter conservateur supérieure de 14 points de pourcentage à celle d’un autre n’ayant pas suivi ces matières. L’effet des arts, du théâtre ou de l’histoire joue en sens inverse, au profit des partis écologistes ou libéraux-démocrates.
Les chercheurs écartent l’hypothèse d’un endoctrinement par les enseignants. Ils avancent plutôt que certaines disciplines, centrées sur les expériences humaines, développent une sensibilité à la diversité des points de vue. « Un cours de physique peut se concentrer sur la prouesse scientifique de la fission nucléaire, tandis qu’un élève en histoire considérera les effets catastrophiques de ces armes lors de la Seconde Guerre mondiale », illustrent-ils.
L’étude note aussi que les élèves ayant étudié l’histoire, la géographie, les langues étrangères ou l’éducation religieuse sont plus engagés politiquement. Ils sont davantage capables de nommer un parti pour lequel ils voteraient, plutôt que de déclarer s’abstenir.
Ces résultats interviennent dans un contexte de débat sur les programmes scolaires. Les gouvernements britanniques successifs ont favorisé les filières scientifiques et techniques, souvent au détriment des arts et des langues. Selon les auteurs, ce choix pourrait avoir des répercussions durables sur la culture politique des jeunes générations.