Autodidacte revendiqué, Christophe Hecker entreprend depuis vingt ans dans le secteur financier. Passionné par les questions énergétiques, il a publié en 2015, avec Alexandre Andlauer, « Gaz et pétrole de schiste : révolution planétaire et déni français », avant de fonder NaturalHy, société de conseil financier et stratégique consacrée à l’hydrogène naturel. Porte-parole d’earth2, le programme européen sur l’hydrogène du sous-sol porté par le Pôle AVENIA, et Operating Partner du fonds deeptech européen Calderion, il défend dans cet entretien l’idée qu’un hydrogène naturel confirmé pourrait réunir décarbonation, abondance, compétitivité et souveraineté. La France dispose selon lui de la géologie, des compétences et d’un cadre Code minier depuis 2022, mais souffre de délais administratifs trop longs et d’un financement trop faible ; l’Europe doit encore agir sur la réglementation, la science et les forages, et le capital.
The European Scientist : Vous êtes l’un des pionniers de l’hydrogène naturel en France. Pouvez-vous revenir sur votre parcours ?
Christophe Hecker : J’ai un parcours assez atypique puisque je suis un autodidacte revendiqué. J’ai commencé à entreprendre à 22 ans dans le secteur financier, dans lequel j’ai évolué depuis 20 ans.
Mais parallèlement à mon activité professionnelle, je me suis passionné dès 2014 pour les questions énergétiques, parce que je considère que l’énergie est à la croisée de presque tous les grands enjeux : économie, industrie, géopolitique, souveraineté et environnement. C’est ce qui m’a conduit à publier en 2015, avec Alexandre Andlauer, le livre Gaz et pétrole de schiste : révolution planétaire et déni français.
Quelques années plus tard, en 2023, j’ai commencé à m’intéresser à l’hydrogène naturel. J’y ai retrouvé exactement ce qui m’avait fasciné dans la révolution des hydrocarbures non conventionnels américains : une innovation venant du sous-sol, longtemps sous-estimée, susceptible de bouleverser des équilibres énergétiques et géopolitiques établis.
J’ai ensuite choisi de m’y consacrer professionnellement en alliant ma passion pour le sujet et mes compétences financières. J’ai ainsi créé NaturalHy, une société de conseil financier et stratégique exclusivement consacrée à l’hydrogène naturel. Mon métier consiste notamment à accompagner d’un côté les sociétés d’exploration dans leurs levées de fonds, et de l’autre côté des investisseurs qui s’intéressent au sujet. Je suis également porte-parole d’earth2, le programme européen consacré à l’hydrogène du sous-sol porté par le Pôle AVENIA.

TES : Vous avez écrit en 2015 « Gaz et pétrole de schiste : révolution planétaire et déni français ». Quelles étaient les grandes idées de cet ouvrage ?
CH : La thèse principale était que la révolution américaine des hydrocarbures non conventionnels n’était pas simplement une évolution technologique du secteur pétrolier : elle allait modifier profondément les rapports de force économiques et géopolitiques mondiaux.
À l’époque, les États-Unis étaient encore largement perçus comme un grand pays consommateur et importateur d’énergie. J’expliquais que l’exploitation du pétrole et du gaz de schiste allait leur permettre de devenir le premier producteur mondial de pétrole et un exportateur majeur de gaz, avec des conséquences considérables sur leur industrie, leur balance commerciale et leur autonomie stratégique.
La seconde idée était que la France avait largement réduit le débat au « pour ou contre le gaz de schiste », alors que la vraie question était beaucoup plus large : quelle politique voulons-nous avoir vis-à-vis de notre sous-sol et de notre souveraineté énergétique ?
Gaz et pétrole de schiste : révolution planétaire et déni français
Alexandre Andlauer et Christophe Hecker
Jacques-Marie Laffont Éditeur, 2015
Dix ans plus tard, cette question me paraît encore plus importante. Et c’est précisément l’une des raisons pour lesquelles l’hydrogène naturel m’intéresse. Il ne s’agit pas de rebâtir une industrie des hydrocarbures en France, mais de retrouver une culture du sous-sol, de la géologie et de l’exploration, avec des standards environnementaux correspondant aux exigences du XXIe siècle.
TES : Samuel Furfari considère que nous assistons davantage à une addition énergétique qu’à une transition. Quelle est votre conception de la transition énergétique ?
CH : Il faut commencer par regarder les chiffres plutôt que les intentions. À l’échelle mondiale, les nouvelles énergies ne se sont jusqu’ici pas simplement substituées aux anciennes : elles se sont très largement ajoutées à elles. L’AIE elle-même constate qu’en 2025 la demande de chacune des trois grandes énergies fossiles a encore augmenté, même si les énergies bas-carbone ont couvert près de 60 % de l’augmentation de la demande mondiale. C’est donc une situation plus complexe qu’un simple remplacement.
Cela s’explique aussi par une réalité fondamentale : la demande mondiale d’énergie continue de croître. Des milliards d’êtres humains aspirent légitimement à davantage de mobilité, de logement, d’industrie et de confort. Leur demander de reproduire notre trajectoire en consommant simplement moins d’énergie n’est pas réaliste.
Pour moi, une transition énergétique réussie doit donc réconcilier quatre impératifs : décarbonation, abondance, compétitivité et souveraineté. Une énergie qui est décarbonée mais beaucoup trop chère ne se diffusera pas suffisamment vite. Une énergie bon marché mais fortement carbonée ne résout pas le problème climatique. Et une énergie propre dont nous dépendons entièrement de pays tiers crée une nouvelle vulnérabilité.
C’est précisément sous cet angle que l’hydrogène naturel m’intéresse : s’il confirme son potentiel, il pourrait réunir ces quatre qualités.
TES : Pouvez-vous nous faire un état des lieux sur la place de l’hydrogène en général ou plutôt « des » hydrogènes dans cette transition et en particulier la place de l’hydrogène blanc.
CH : Il faut d’abord rappeler que l’hydrogène est une molécule particulièrement intéressante pour les secteurs difficiles à électrifier directement : chimie, engrais, sidérurgie, certaines applications à haute température et certains carburants de synthèse ou usages de mobilité lourde. Secteurs dans lesquels elles pourraient se substituer au gaz naturel notamment.
Aujourd’hui, nous produisons plus de 100 millions de tonnes d’hydrogène par an dans le monde, mais cette production reste très majoritairement d’origine fossile (hydrogène gris). L’hydrogène bas-carbone représente encore une fraction très faible du marché.
La lecture par couleur d’hydrogène est assez simple :
- Le gris est compétitif mais fortement carboné.
- Le bleu cherche à réduire l’empreinte du gris par le captage et stockage du CO₂.
- Le vert est extrêmement intéressant du point de vue de la décarbonation lorsqu’il utilise une électricité renouvelable réellement bas-carbone, mais son problème demeure son coût et l’énorme quantité d’électricité nécessaire.
Et puis il y a l’hydrogène naturel, qui change conceptuellement la donne : on ne fabrique plus l’hydrogène, on le produit à partir d’une ressource géologique. L’hydrogène passe alors du statut de vecteur énergétique à celui de source d’énergie primaire.
Je ne pense d’ailleurs pas qu’il faille opposer systématiquement les hydrogènes. Nous aurons besoin de plusieurs voies. La question pertinente est plutôt : pour chaque usage et chaque territoire, quelle voie fournit l’hydrogène présentant le meilleur compromis économique, environnemental et stratégique ?
TES : Pourquoi l’hydrogène naturel reste-t-il l’outsider des feuilles de route ?
CH : La raison est assez simple : les politiques publiques ont précédé la connaissance géologique.
Lorsque les grandes stratégies hydrogène ont été élaborées autour de 2020, l’hydrogène était encore essentiellement pensé comme une molécule qu’il fallait fabriquer. Le débat était donc structuré autour du mode de fabrication : gris, bleu ou vert.
Depuis, notre compréhension du sous-sol a considérablement évolué. Nous savons désormais que la Terre génère naturellement de l’hydrogène, que plusieurs mécanismes peuvent l’expliquer et que des systèmes géologiques peuvent permettre sa migration et son accumulation. L’USGS a même publié en 2025 la première carte de prospectivité à l’échelle des États-Unis continentaux.
Mais les réglementations, les taxonomies et les mécanismes de financement ont une inertie considérable. L’hydrogène naturel arrive donc après la construction des règles du jeu.
Notre travail avec earth2 consiste précisément à corriger ce décalage, notamment en obtenant sa pleine reconnaissance comme hydrogène bas-carbone au niveau européen.
TES : On a vu beaucoup de projets liés à l’hydrogène vert s’effondrer récemment, une fois les subventions coupées. L’hydrogène blanc a-t-il plus d’opportunités compétitives ?
CH : Je serais un peu plus mesuré : l’hydrogène vert ne s’est pas « effondré ».
Des projets continuent d’avancer et plus de 110 milliards de dollars étaient engagés dans plus de 500 projets d’hydrogène propre à l’échelle mondiale en 2025. Mais il y a incontestablement eu une phase de rationalisation. L’AIE a ramené le potentiel des projets bas-carbone annoncés pour 2030 de 49 à 37 millions de tonnes entre ses éditions 2024 et 2025, les projets d’électrolyse représentant plus de 80 % de cette baisse. Les causes sont connues : coûts élevés, difficulté à sécuriser les acheteurs, réglementation complexe et infrastructures insuffisantes.
L’avantage potentiel de l’hydrogène naturel est fondamental : une grande partie du travail énergétique est effectuée gratuitement par la géologie.
Pour produire de l’hydrogène vert, il faut produire de l’électricité, la transporter, construire et alimenter un électrolyseur. Dans le cas de l’hydrogène naturel, si vous trouvez une accumulation suffisamment concentrée, productive et accessible, vous forez, produisez, séparez éventuellement les autres gaz, puis distribuez une molécule propre et économique.
Les sociétés d’exploration visent en effet des coûts autour de 1 euro par kilogramme soit 6 à 8 fois moins que l’hydrogène vert. Mais il faut être rigoureux : ce chiffre est aujourd’hui un objectif ou une estimation techno-économique, pas encore un coût industriel démontré à grande échelle.
TES : Votre comparatif (intensité carbone, eau, énergie, emprise au sol) place l’hydrogène géologique loin devant l’électrolyse et le SMR±CCS. Qu’est-ce qui, concrètement, explique un impact aussi bas — et que répondez-vous à ceux qui craignent fuites d’H₂, perturbation du sous-sol ou « nouvel extractivisme » ?
CH : L’intuition physique est assez simple : moins vous avez d’étapes industrielles, moins vous mobilisez d’énergie, d’infrastructures et de ressources.
L’électrolyse nécessite beaucoup d’électricité, donc des moyens de production électrique, des réseaux, un électrolyseur et de l’eau. Le SMR nécessite du gaz naturel ; avec CCS, il faut ajouter les infrastructures de captage, transport et stockage du CO₂.
Pour un gisement favorable d’hydrogène naturel, l’essentiel de l’impact industriel se concentre potentiellement dans le forage, la séparation/purification, la compression et le transport. Une revue scientifique publiée en 2026 conclut ainsi que l’hydrogène naturel peut avoir une empreinte carbone très inférieure aux hydrogènes gris et bleu et consommer nettement moins d’eau que l’électrolyse.
Un point essentiel est à rappeler ici : l’hydrogène naturel n’est pas propre par décret ; il s’agira de le démontrer projet par projet selon les caractéristiques géologiques des zones de production.
Les fuites d’H₂ doivent être mesurées et maîtrisées. L’hydrogène n’est pas lui-même un gaz à effet de serre direct comme le CO₂, mais sa présence atmosphérique peut avoir des effets climatiques indirects ; l’étanchéité de la chaîne de production est donc un vrai sujet.
Quant au « nouvel extractivisme », ma réponse est que toute énergie possède une empreinte physique. Une éolienne, un panneau solaire, une batterie, une centrale nucléaire ou un puits nécessitent tous des matériaux et des infrastructures. La bonne question n’est pas « extraction ou absence d’extraction », mais : quel service énergétique obtenons-nous pour quelle empreinte globale ?
Notre ambition doit justement être de construire en Europe un nouveau modèle d’exploitation du sous-sol : mesuré, transparent, contrôlé et exemplaire environnementalement.
TES : La Terre pourrait contenir plus de 5 600 milliards de tonnes d’H₂ naturel ; 2 % de récupération = ~200 ans de besoins. Qu’est-ce qui a changé dans la compréhension de la génération d’hydrogène dans le sous-sol — et qu’est-ce qui reste encore spéculatif ?
CH : L’étude USGS publiée dans Science Advances estime une valeur la plus probable d’environ 5,6 × 10⁶ millions de tonnes, soit 5 600 milliards de tonnes d’hydrogène présentes dans le sous-sol mondial. Mais la fourchette d’incertitude du modèle est immense. Les auteurs disent explicitement que l’essentiel sera probablement inaccessible ou non économique. Ils estiment néanmoins qu’une fraction de l’ordre de 2% suffirait à couvrir environ 200 ans de la demande d’hydrogène projetée dans un scénario net zéro.
Il faut donc éviter de transformer « ressource mondiale théorique » en « réserve exploitable ». Ce serait exactement l’erreur que nous dénonçons lorsqu’un indice ou une estimation géologique est présenté comme un jackpot.
Ce qui a changé est notre compréhension du système hydrogène. Nous connaissons plusieurs mécanismes de génération : réactions d’oxydoréduction eau-roche, notamment la serpentinisation ; radiolyse de l’eau ; maturation de matière organique, auxquels s’ajoutent d’autres mécanismes. Nous comprenons également mieux les notions de source, migration, réservoir et couverture.
Ce qui reste à démontrer est tout aussi important : la localisation précise des accumulations, les volumes récupérables, les débits, la pureté, la recharge éventuelle des systèmes, leur comportement dans le temps et, finalement, leur économie.
On dénombre une centaine de projets d’exploration dans le monde à l’heure actuelle dont certains très avancés aux États-Unis, au Canada et en Australie, dont on attend des réponses à ces interrogations dans les 3-4 prochains mois.
TES : Quelle place voyez-vous pour la France ? Quelles sont les opportunités ? Quand on voit les difficultés administratives et parfois d’acceptabilité sociale auxquelles sont confrontées ne seraient-ce que les carrières puisqu’il n’y a plus de mines en France, comment imaginez-vous l’exploitation industrielle de cette ressource naturelle ? À l’approche des présidentielles y a-t-il des candidats qui s’intéressent au sujet ?
CH : La France possède une situation assez exceptionnelle.
Premièrement, nous avons une expertise scientifique reconnue en géosciences : IFPEN, BRGM, CNRS, universités et entreprises spécialisées.
Deuxièmement, nous avons plusieurs zones géologiquement intéressantes : bassin aquitain, piémont pyrénéen, Grand Est, mais également certains territoires ultramarins.
Troisièmement, nous avons été parmi les premiers pays à inscrire explicitement l’hydrogène natif dans le Code minier, dès 2022. À l’heure actuelle, cinq permis exclusifs de recherche ont déjà été attribués en France. Les travaux d’exploration sont en cours.
Nous avons donc une fenêtre d’opportunité assez rare : la France possède potentiellement à la fois la ressource et les compétences pour la chercher.
Nous avons toutefois deux freins :
- Le premier est le temps administratif. Il faut 18 mois pour obtenir un permis de recherche en France contre 3 à 6 mois en Allemagne. Et quelques semaines aux États-Unis.
- Le second est la faible appétence de la communauté financière pour les ressources du sous-sol au sens large. Or, ce sont des activités gourmandes en CAPEX. Un forage exploratoire peut coûter entre 10 et 20 millions d’euros. L’accès aux capitaux privés est capital pour les sociétés d’exploration d’hydrogène naturel. Elles y parviennent mais non sans mal.
Sur ces 2 freins, le récent rapport de l’OPECST sur l’hydrogène naturel recommande notamment 10 millions d’avances remboursables pour les forages exploratoires avancés et une simplification des procédures.
Sur l’acceptabilité, il faut changer de méthode. Pendant des décennies, nous avons progressivement sorti le sous-sol de l’imaginaire collectif français. Or la transition énergétique nous y ramène : géothermie, lithium, cuivre, stockage, hydrogène naturel…
Il faut donc reconstruire une culture du sous-sol. Cela implique de présenter les bénéfices mais aussi les risques, de publier les données environnementales, d’associer les territoires très tôt et de démontrer concrètement qu’un projet peut créer de l’emploi, de l’activité économique et de la souveraineté avec une empreinte maîtrisée.
Concernant la présidentielle de 2027, je serais prudent sur les noms. À ce stade, je préfère parler d’un intérêt politique qui devient transversal plutôt que prétendre qu’un candidat particulier s’est approprié le sujet. Le signe le plus significatif est peut-être institutionnel : l’OPECST a consacré en juillet 2026 une note spécifique à l’hydrogène natif, et Emmanuel Macron l’a publiquement qualifié en mai 2026 d’« axe d’effort ». Il avait aussi déclaré en décembre 2023 « on ne peut pas laisser dormir cette ressource. »
Le sujet commence donc à entrer dans le débat énergétique national. Il serait souhaitable que la campagne présidentielle permette d’aller plus loin sur une question plus vaste : que voulons-nous faire du sous-sol français au XXIe siècle ?
TES : Que dire de l’UE ? Vous portez earth2 (~50 adhérents) hébergé par le Pôle Avenia, et NaturalHy a contribué au premier fonds d’investissement européen spécialisé. Face au DOE américain et aux majors extractives déjà positionnées, que doit encore faire l’Europe — réglementation, R&D, capital — pour que l’hydrogène naturel soit un pilier de souveraineté et pas seulement un sujet de conférences ?
CH : L’Europe dispose d’un paradoxe assez extraordinaire : elle possède des géologues, des instituts de recherche, des technologies de sous-sol, des entreprises d’exploration et des bassins géologiques prometteurs. Mais elle risque de voir la valeur économique de cette filière se créer ailleurs faute de capital et de cadre réglementaire suffisamment rapide.
Aux États-Unis, l’ARPA-E a engagé 20 millions de dollars dans des projets consacrés à l’hydrogène géologique, avec notamment des recherches sur la stimulation de la génération et la gestion des réservoirs. Le DOE finance aussi le développement d’une méthodologie d’analyse de cycle de vie via le modèle GREET.
Pendant ce temps, une société américaine comme Koloma a pu lever à elle seule plusieurs centaines de millions de dollars. Le problème européen n’est donc pas principalement scientifique. Il est réglementaire et financier.
Avec earth2, nous travaillons précisément à ce changement d’échelle.
L’initiative portée par AVENIA rassemble l’écosystème scientifique et industriel afin de construire des connaissances communes, faire émerger des projets et porter le sujet auprès des décideurs européens.
De mon côté, j’ai également contribué à faire émerger des outils financiers spécialisés : je suis aujourd’hui Operating Partner de Calderion, fonds deeptech européen consacré aux molécules bas-carbone et notamment à l’hydrogène naturel.
Pour moi, l’Europe doit maintenant agir sur trois leviers.
Le premier est réglementaire. Il faut reconnaître explicitement l’hydrogène naturel comme hydrogène bas-carbone lorsqu’il respecte les seuils d’émissions sur l’ensemble de son cycle de vie. L’Union dispose depuis 2025 d’une méthodologie pour qualifier l’hydrogène bas-carbone sur la base d’une réduction d’au moins 70 % des émissions par rapport à la référence fossile ; il faut permettre à l’hydrogène naturel de démontrer son éligibilité dans ce cadre.
Le deuxième est scientifique. Il faut financer la géologie, la géophysique et surtout les forages. Un modèle géologique ne remplacera jamais un puits. La prochaine étape de cette industrie est moins une nouvelle conférence qu’une campagne massive d’acquisition de données.
Le troisième est financier. Il faut des capitaux européens capables d’assumer le risque d’exploration. Le danger serait que les entreprises européennes découvrent les ressources, mais qu’au moment où elles doivent financer les forages, leur capital soit progressivement repris par des investisseurs étrangers faute de financement européen.
C’est un sujet que je résume souvent ainsi : une ressource présente dans le sous-sol européen n’est réellement souveraine que si l’Europe conserve également la maîtrise scientifique, industrielle et capitalistique de son exploitation.
Et c’est probablement là que l’hydrogène naturel dépasse la seule question énergétique. Il pose une question beaucoup plus fondamentale : l’Europe veut-elle encore explorer, produire, prendre des risques industriels et exploiter responsablement ses propres ressources, ou veut-elle uniquement consommer des ressources et des technologies produites ailleurs ?
Pour moi, c’est l’un des grands enjeux de souveraineté des prochaines décennies.
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