L’intelligence artificielle ne tient pas ses promesses de rentabilité. Malgré les annonces de grandes compagnies comme Uber ou Nvidia affirmant que leurs dépenses en IA surpassent désormais leurs coûts salariaux, les données disponibles dressent un tableau bien plus nuancé.
Les prévisions initiales étaient pourtant ambitieuses. En 2025, la banque américaine Morgan Stanley estimait que l’adoption complète de l’IA pourrait générer 920 milliards de dollars de bénéfices annuels grâce à la réduction des coûts de fonctionnement. La réalité s’est révélée différente. Dans un sondage réalisé auprès de 753 chefs d’entreprises canadiens en septembre 2025, seulement 2 % déclaraient avoir constaté un retour sur investissement après avoir adopté l’IA générative.
Des chercheurs du MIT avaient déjà identifié cette limite dès 2024. Selon leur étude, l’IA ne serait moins coûteuse que la main-d’œuvre humaine que pour 23 % des tâches. Un autre chercheur du MIT, l’économiste Daron Acemoglu, estimait de son côté que l’IA ne devrait pas faire progresser la productivité économique de plus de 0,66 % d’ici 2034.
« Cela ne signifie pas que l’IA est inutile. Cela signifie que son coût réel a été sous-estimé », expliquait en mai 2026 Julien Pillot, docteur en économie à l’université de Nice. Il souligne que l’adoption de l’IA génère des coûts cachés souvent négligés : intégration dans les systèmes existants, maintenance, formation des équipes, supervision humaine et gestion des erreurs produites par les modèles.
L’arrivée des agents IA a encore alourdi la facture. Contrairement aux assistants conversationnels classiques, ces systèmes autonomes peuvent planifier et exécuter des tâches complexes en interagissant avec d’autres logiciels. Mais ils consomment une quantité massive de données traitées appelées jetons. Selon un article publié en avril 2026 par des chercheurs du MIT, de Google et de Microsoft, les tâches confiées à des agents IA utilisent en moyenne cent fois plus de jetons que les tâches de conversation ordinaires.
Cette consommation accrue intervient au moment où les entreprises développant ces outils ont abandonné les abonnements illimités au profit de tarifications à l’usage. « Pour les entreprises qui utilisent massivement l’IA, la facture peut alors exploser très vite », avertissait Julien Pillot. Selon lui, le travail humain reste actuellement plus rentable que le travail numérique. L’IA, censée réduire les masses salariales, est devenue un poste de dépense supplémentaire.
Les conséquences commencent à se mesurer. Le cabinet de conseil en informatique Gartner prédisait en juin 2025 que 40 % des projets utilisant des agents IA seraient abandonnés d’ici 2027 en raison des coûts. En février 2026, il estimait que la moitié des entreprises ayant supprimé des postes à cause de l’IA réembaucheraient des salariés pour accomplir des tâches similaires.