La créativité des intelligences artificielles est un mythe. C’est la conclusion d’une étude publiée dans la revue Advanced Science, conduite par une équipe internationale réunissant des chercheurs de l’université de Barcelone, de l’Institut de recherche biomédicale IDIBELL, du Centre de vision par ordinateur CVC-UAB et du Vienna Cognitive Science Hub.
Les chercheurs ont conçu une tâche de créativité visuelle. Des participants — artistes professionnels et grand public — ont réalisé des dessins à partir de formes abstraites. Un modèle d’intelligence artificielle générative a ensuite accompli le même exercice, dans deux conditions : avec et sans assistance humaine. L’ensemble des productions a été évalué selon cinq critères : appréciation, vivacité, originalité, esthétique et curiosité suscitée.
Le résultat est sans ambiguïté. Les artistes obtiennent les scores les plus élevés, suivis du grand public, puis du modèle guidé par un humain. Le modèle livré à lui-même arrive loin derrière. Fait notable : même entraîné sur les productions créatives des participants humains, le modèle non assisté performe moins bien que celui qui l’est.
« Actuellement, la créativité des IA est évaluée presque exclusivement à travers des tâches de créativité verbale, ce qui fausse les résultats et présente même l’IA comme un agent créatif », explique le chercheur Xim Cerdá-Company, co-responsable de l’étude à l’IDIBELL et au CVC-UAB. En analysant le processus créatif de l’idéation jusqu’à l’exécution, l’équipe aboutit à une conclusion opposée.
Les chercheurs soulignent que la créativité doit être étudiée comme un processus, et non évaluée uniquement sur ses résultats. Cette distinction est centrale : une image générée par une IA peut sembler originale sans que le processus qui l’a produite soit réellement créatif.
« Les modèles d’IA générative actuels sont encore loin de pouvoir reproduire des processus créatifs indépendants », affirme le professeur Antoni Rodríguez-Fornells, co-responsable de l’étude et chercheur à l’ICREA. Il souligne la nécessité d’une intervention humaine à chaque étape : entraînement du modèle, formulation des instructions, orientation de la production.
L’étude pointe ainsi une limite structurelle des intelligences artificielles génératives. Sans guidage humain, leur capacité créative chute significativement. Ce n’est pas la machine qui crée : c’est la machine assistée par l’humain qui produit un résultat acceptable.
Ces travaux invitent à revoir les méthodes d’évaluation de l’IA dans le domaine artistique, à un moment où de nombreuses industries — publicité, design, cinéma — intègrent ces outils dans leurs processus de création.