Repenser l’organisation du travail à l’hôpital peut améliorer à la fois la santé des soignants et la sécurité des patients. C’est ce que montre une vaste étude internationale publiée dans la revue Medical Care, coordonnée par l’Université de Pennsylvanie et l’Université catholique de Louvain. Les chercheurs évaluent l’impact du Magnet Model, un cadre organisationnel visant à améliorer les environnements de travail hospitaliers.
L’étude s’inscrit dans le programme Magnet4Europe, la plus grande intervention hospitalière de ce type menée à ce jour. Sur deux ans, 56 hôpitaux situés en Belgique, en Angleterre, en Allemagne, en Irlande, en Norvège et en Suède ont collaboré avec 65 hôpitaux américains certifiés Magnet, dont l’ensemble des établissements du réseau Penn Medicine. L’objectif était d’adapter ce modèle, développé aux États-Unis, aux systèmes de santé européens.
Le Magnet Model repose sur plusieurs principes clés : leadership infirmier renforcé, autonomie clinique, collaboration entre professions de santé et recours systématique à des pratiques fondées sur des données probantes. Les chercheurs ont mesuré le degré d’adoption de ces principes et leurs effets sur le personnel et la qualité des soins.
Les résultats montrent que les hôpitaux ayant fortement intégré le modèle ont enregistré une baisse marquée de l’épuisement professionnel chez les infirmiers, ainsi qu’une diminution des intentions de quitter la profession. Les évaluations négatives de la qualité des soins et de la sécurité des patients ont également reculé. En moyenne, les hôpitaux européens participants sont parvenus à intégrer environ 50 % des caractéristiques du modèle Magnet en deux ans, grâce au soutien de leurs partenaires américains.
L’analyse met en évidence une relation directe entre l’amélioration de l’environnement de travail et la rétention du personnel. Chaque augmentation de 10 % du niveau d’adoption du modèle est associée à une baisse significative du nombre d’infirmiers envisageant de quitter leur poste. Les auteurs soulignent que ces résultats ont été obtenus alors que le programme a débuté début 2020, en pleine pandémie de Covid-19, dans un contexte de forte pression sur les hôpitaux.
Pour Linda H. Aiken, directrice fondatrice du Center for Health Outcomes and Policy Research, « Magnet4Europe montre que des environnements de travail plus sains et des soins plus sûrs sont à portée de main et relèvent des décisions des dirigeants ». Elle estime que le programme constitue « un véritable mode d’emploi pour les responsables hospitaliers qui souhaitent retenir leurs équipes et protéger les patients ».
Walter Sermeus, professeur à la KU Leuven et coauteur de l’étude, insiste sur le fait que « l’épuisement des soignants n’est pas inévitable ». Selon lui, les résultats obtenus pendant une crise sanitaire mondiale montrent que « l’amélioration des environnements de travail, le renforcement du leadership et l’autonomisation des cliniciens peuvent réduire le turnover et améliorer les résultats pour les patients ».
Les auteurs concluent que l’amélioration durable des soins hospitaliers passe par des changements organisationnels profonds, plutôt que par l’attente d’une résilience individuelle accrue des soignants.