Le sildénafil, commercialisé sous le nom de Viagra, améliore les symptômes du syndrome de Leigh chez des patients traités dans le cadre d’une étude pilote. Ces résultats sont publiés dans la revue Cell par des chercheurs de la Charité de Berlin, en collaboration avec l’université Heinrich Heine de Düsseldorf et l’Institut Fraunhofer de médecine translationnelle de Hambourg.
Le syndrome de Leigh est une maladie congénitale rare du cerveau et des muscles, causée par un défaut du métabolisme énergétique des cellules. Elle se manifeste dès la petite enfance par des crises d’épilepsie, une faiblesse musculaire progressive et des retards de développement. Elle touche un enfant sur 36 000 et réduit significativement l’espérance de vie. Aucun traitement médicamenteux n’est aujourd’hui approuvé pour cette maladie.
Six patients âgés de 9 mois à 38 ans ont reçu du sildénafil en continu. En quelques mois, leur force musculaire s’est améliorée et les crises métaboliques — des surcharges brutales du métabolisme pouvant aggraver soudainement l’état des patients — ont diminué.
« Dans le cas d’un enfant traité par sildénafil, la distance de marche a été multipliée par dix, passant de 500 à 5 000 mètres », illustre le professeur Markus Schuelke, pédiatre neurologue à la Charité et co-auteur principal de l’étude. « Chez un autre patient, les crises épileptiques ont complètement disparu. »
Pour identifier ce candidat médicament, les chercheurs ont d’abord prélevé des cellules cutanées des patients et les ont transformées en cellules souches en laboratoire. Ces cellules souches ont ensuite été cultivées pour produire des neurones présentant le même dysfonctionnement métabolique que celui des patients. Plus de 5 500 substances déjà approuvées pour d’autres maladies ont été testées sur ces neurones. Le sildénafil a amélioré leur fonctionnement électrique. Les effets ont été confirmés sur des mini-cerveaux artificiels et sur des modèles animaux.
Le choix du sildénafil s’explique aussi par sa tolérance connue chez l’enfant. Le médicament est déjà utilisé pour traiter l’hypertension pulmonaire pédiatrique, ce qui a fourni aux chercheurs des données de sécurité solides pour une utilisation à long terme chez les jeunes patients.
Sur la base de ces résultats, l’Agence européenne des médicaments a accordé au sildénafil le statut de médicament orphelin pour cette indication, ouvrant la voie à une procédure d’autorisation simplifiée. Une étude clinique européenne contrôlée contre placebo est désormais planifiée dans le cadre du projet SIMPATHIC.