Après plus de vingt-cinq ans de hausse continue, la mortalité par cancer du poumon chez les femmes commence enfin à se stabiliser dans l’Union européenne, à l’exception notable de l’Espagne, selon des projections pour l’année 2026 publiées dans la revue Annals of Oncology. Cette inflexion marque un tournant épidémiologique important, même si les disparités entre pays et générations restent fortes.
L’étude, dirigée par Carlo La Vecchia, professeur de statistique médicale et d’épidémiologie à l’Université de Milan, prévoit que le taux de mortalité standardisé par âge chez les femmes dans l’UE atteindra environ 12,5 décès pour 100 000 en 2026. Cela représente une baisse d’un peu plus de 5 % par rapport à la période 2020-2022. L’Espagne fait figure d’exception, avec une hausse attendue de 2,4 %, pour atteindre environ 10 décès pour 100 000 femmes.
Au Royaume-Uni, la tendance est plus favorable. Les décès par cancer du poumon chez les femmes y sont en recul depuis plusieurs années et devraient diminuer de 13,4 % en 2026 par rapport à 2020-2022, pour atteindre 14,85 décès pour 100 000. Toutefois, cette amélioration ne concerne que les femmes âgées de 64 ans ou moins. Chez les femmes plus âgées, la mortalité continue d’augmenter.
« Le cancer du poumon reste la première cause de décès par cancer chez les deux sexes dans l’UE », rappelle Carlo La Vecchia. Il souligne que « les tendances précédemment à la hausse chez les femmes semblent se stabiliser dans la plupart des pays, sauf en Espagne, où une augmentation est attendue, même si elle part d’un niveau relativement bas ».
Les chercheurs attribuent ces évolutions aux différences historiques de tabagisme entre pays et entre sexes. « Les hommes ont commencé à fumer plus tôt que les femmes partout en Europe. Au Royaume-Uni et aux États-Unis, les femmes ont aussi commencé plus tôt, mais elles ont également arrêté plus tôt », explique le chercheur. Aujourd’hui, la prévalence du tabagisme y est inférieure à 10 %, contre des niveaux plus élevés dans de nombreux pays de l’UE. En Espagne et en France, les femmes ont commencé à fumer plus tard, mais ont aussi cessé plus tard.
L’analyse repose sur des données de mortalité issues des bases de l’Organisation mondiale de la santé et des Nations unies, couvrant la période 1970-2022. Il s’agit de la seizième année consécutive que cette équipe publie des projections, jugées fiables au fil du temps. Les chercheurs ont examiné plusieurs cancers majeurs dans l’UE à 27 et au Royaume-Uni, avec un focus particulier sur le cancer du poumon.
Globalement, la mortalité par cancer devrait continuer de reculer. En 2026, environ 1,23 million de décès par cancer sont attendus dans l’UE et 172 000 au Royaume-Uni. Depuis un pic observé en 1988, les auteurs estiment qu’environ 7,3 millions de décès par cancer ont été évités dans l’UE et 1,5 million au Royaume-Uni. « Parmi les hommes, 1,8 million de décès par cancer du poumon ont été évités, mais aucun chez les femmes », note Eva Negri, professeure à l’Université de Bologne et coautrice de l’étude.
Les chercheurs insistent sur le rôle central de la prévention. « Le contrôle du tabac reste la pierre angulaire de la prévention du cancer du poumon », conclut Carlo La Vecchia, appelant à renforcer la fiscalité, les interdictions de publicité, les environnements sans fumée et l’aide au sevrage. Ils soulignent également l’importance de lutter contre l’obésité, de réduire la consommation d’alcool et d’améliorer les programmes de dépistage pour réduire durablement les inégalités de mortalité par cancer en Europe.
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