Si la place des Outre-mer au Salon international de l’agriculture s’est nettement accrue ces dernières années, la reconfiguration des pavillons de l’édition 2026 semble pénaliser les stands ultramarins, au risque de réduire leur présence aux seuls produits tropicaux d’exportation. Or, à l’heure où les Outre-mer visent davantage d’autonomie alimentaire, le soutien à la production locale demeure central, qu’il provienne des pouvoirs publics ou du secteur privé.
Le symbole était fort. Pour la première fois, une vache ultramarine devait être l’égérie du Salon international de l’agriculture (SIA), qui ouvre ses portes le 21 février 2026 à Paris. Arrivée de Martinique en décembre 2025, Biguine devait représenter à la fois son île et la race brahmane, majoritaire dans le cheptel martiniquais, reconnaissable à sa bosse dorsale et à ses longues cornes. Las, la situation sanitaire en a décidé autrement. L’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) en cours a conduit les autorités à interdire toute présence bovine au salon.
Cette reconnaissance apparaissait comme l’aboutissement d’une montée en puissance des Outre-mer au Salon de l’agriculture, amorcée au début des années 2010. Longtemps cantonnés à l’espace « Produits des régions de France, d’Outre-mer et du monde », les territoires ultramarins ont progressivement gagné en visibilité. Plusieurs se sont dotés de stands dédiés, notamment la Martinique, la Guadeloupe et la Réunion, qui inaugurait en 2025 son « Village ». Lors de l’édition 2024, marquant le soixantième anniversaire du salon, les Outre-mer occupaient une place centrale dans l’exposition.
Depuis plusieurs années, tout un écosystème se mobilise pour soutenir ce mouvement. Les conseils départementaux et les chambres d’agriculture locales subventionnent le déplacement de producteurs emblématiques. Des entreprises privées s’investissent, notamment des rhumeries particulièrement actives au SIA, à l’image des distilleries Bielle et Bologne ou des spécialistes réunionnais des rhums arrangés. Des firmes comme SCEA O Miel et Apis Run mettent en valeur les apiculteurs ultramarins ; d’autres, telles que Provanille et Caviar de vanille, les cultivateurs réunionnais. Via ses filiales Carrefour, le groupe Bernard Hayot (GBH) finance le voyage à Paris de producteurs locaux et valorise leur savoir-faire dans les filières vivrières.
Visibilité en berne
Mais, au-delà du cas symbolique de Biguine, cette progression connaît un coup d’arrêt en 2026. Les travaux Porte de Versailles ont imposé une réorganisation des pavillons, reléguant les Outre-mer dans l’espace « Produits de France et du monde », sans stand dédié ni mise en avant. Ce retour en arrière s’accompagne d’une implantation en retrait des entrées principales, avec de nombreux emplacements situés aux étages.
Cette perte de visibilité – même en prenant en compte le contexte des travaux – a conduit plusieurs producteurs ultramarins à renoncer au déplacement, jugeant le retour sur investissement quasi-impossible. D’autres ont accepté de « tester » cette nouvelle option, mais en la déplorant.
Souveraineté et autonomie alimentaires
Au final, cette visibilité réduite, conjuguée à l’absence de bovins, risque de cantonner, aux yeux des visiteurs, les Outre-mer aux seuls produits d’exportation — canne à sucre, fruits tropicaux, rhum ou vanille. Les éditions précédentes accordaient une place plus large à l’agriculture vivrière et à celles et ceux qui la font vivre au quotidien.
La souveraineté alimentaire, au centre des débats en France, concerne pourtant tout particulièrement les Outre-mer. En effet, malgré les appels répétés à développer l’agriculture locale, leur dépendance alimentaire s’est accrue au cours de ces cinquante dernières années. En moyenne, les territoires ultramarins ne produisent que 40 % des denrées qu’ils consomment.
Améliorer l’autonomie alimentaire des Outre-mer est donc un enjeu majeur de leur développement. Renforcer la production locale permettrait en outre de créer de l’activité et de l’emploi, contribuant à l’amélioration des revenus.
De MiiMOSA à GBH, le secteur privé aux côtés de l’agriculture ultramarine
L’agriculture vivrière ultramarine bénéficie d’ailleurs d’importantes subventions publiques, à travers des plans nationaux et des dispositifs européens (PAC, aide spécifique POSEI). Le secteur privé s’engage également auprès des producteurs locaux. Grâce aux dons de nombreuses entreprises, la plateforme de financement participatif MiiMOSA, dédiée à l’agriculture et à l’alimentation durables, soutient régulièrement des projets ultramarins : station de recyclage de l’eau pour le maraîchage en Guadeloupe, travaux agricoles écologiques en Martinique, brasserie locale à La Réunion.
Présent dans tous les départements d’Outre-mer, le groupe GBH y soutient également l’agriculture vivrière. Ses filiales Carrefour mettent en valeur les produits locaux dans leurs magasins afin d’en encourager la consommation. Le groupe organise dans la même logique les « Rencontres de la production locale » en Martinique. À Mayotte, GBH a créé un fonds d’un million d’euros pour les exploitations agricoles sinistrées par le passage du cyclone Chido, en collaboration avec l’ONG Super-Novae, et noué un partenariat avec un lycée agricole.
Aussi, l’accroc du SIA 2026 ne doit pas occulter la nécessité, pour les Outre-mer, de faire avancer leur agriculture sur deux jambes : une production d’exportation, génératrice de devises, et une agriculture vivrière, appelée à s’étendre et se renforcer.