Sur le plan écologique aucun matériaux n’a sans doute une aussi mauvaise réputation que le plastique. Et pourtant quand on écoute Joseph Tayefeh, le secrétaire général de The European Plastics Alliance (Plastalliance), c’est tout le contraire qui ressort. Normal direz-vous de la part d’un lobbyiste… lui prétend surtout faire de la pédagogie institutionnelle pour corriger les opinions répandues à l’issue du plastique bashing des ONG. Auteur d’un livre sur le sujet il a bien voulu répondre à nos questions.
The European Scientist : Pouvez-vous nous présenter Plastalliance?
Joseph Tayefeh : Je suis secrétaire général de The European Plastics Alliance, plus connue sous le nom de Plastalliance. C’est une organisation professionnelle assez atypique : nous avons la forme juridique d’un syndicat à but non lucratif, donc comme pourrait l’être la CFDT ou la CGT, par exemple. Nous fédérons non seulement les fabricants de produits en plastique (pour l’aéronautique, l’automobile, l’emballage ou la santé par exemple), mais aussi ceux qui en dépendent vitalement dans leur activité quotidienne, comme les agriculteurs ou les minéraliers.
Aujourd’hui, l’industrie automobile française s’effondre, entraînant avec elle les commandes de pièces plastiques, et le bâtiment, notre deuxième débouché, va très mal. Résultat : l’emballage représente désormais 50 % de la production industrielle de plastique en France. Il est donc essentiel de protéger ce secteur dont dépendent beaucoup d’autres (alimentaire, transport, agriculture, santé).
Bien que nous ayons, à date, des adhérents dans 17 pays européens, notre siège est en France. Ce n’est pas un hasard. C’est en France que se concentre l’épicentre mondial du « plastique bashing ». Un véritable « continent d’ONG », extrêmement agressives et influentes, s’y est installé, façonnant des réglementations punitives comme la loi anti-gaspillage (AGEC) de février 2020. Notre mission est de rester au cœur de la mêlée pour endiguer cette fronde anti-plastique française et l’empêcher de contaminer le reste de l’Europe. Et nous obtenons des succès en faisant reculer certaines mesures, en inspirant d’autres ou en ouvrant le débat sur des sujets considérés comme intouchables par ces associations ou certains politiques, ce qui, je ne vous le cache pas a le don de les agacer fortement. C’est bien le signe que nous faisons notre travail.

T.E.S. : Vous soutenez que le plastique présente à la fois des qualités industrielles et environnementales… c’est dites-vous « le seul matériau d’emballage inclus dans la taxonomie verte européenne », cela mérite une explication non ?
J.T. : C’est le grand paradoxe que l’on refuse de voir en France ! Le plastique est aujourd’hui, et de loin, le matériau le plus stratégique pour l’avenir, tant sur le plan capitalistique qu’écologique.
Ce que l’on omet de dire, c’est que depuis 2023, l’emballage plastique à usage unique ou réutilisable, intégrant du contenu recyclé ou des plastiques issus de biodéchets est le seul type d’emballage à être inclus dans la fameuse « taxonomie verte européenne » par le biais du Règlement délégué du 27 juin 2023. Vous ne trouverez pas l’emballage en carton, verre ou aluminium dans ce texte. Pourquoi ? Parce que le plastique dans l’emballage et sous conditions, contribue substantiellement à l’économie circulaire, dixit le règlement lui-même. Cela lui confère des avantages financiers massifs : meilleurs crédits, meilleures notations, valorisation boursière.
Pendant qu’en France on décrète la « fin du plastique », Bruxelles soutient notre secteur. « Quand vous êtes forts, l’Europe est forte » disait en janvier dernier Stéphane Séjourné, à l’industrie chimique, cosmétique et plastique européenne à l’occasion du lancement de la Critical Chemical Alliance dont Plastalliance est un des membres fondateurs. Le récent règlement européen sur les emballages et les déchets d’emballages (PPWR), publié en février 2025, protège 99 % des emballages plastiques contre les interdictions nationales, misant sur le contenu recyclé et la recyclabilité, plutôt que sur la prohibition aveugle. Le plastique n’est pas un matériau du passé, c’est un atout circulaire soutenu par l’Europe.
T.E.S. : Le plastique est omniprésent dans notre quotidien. Vous allez jusqu’à affirmer que « celui qui domine le plastique domine le monde ». Pouvez-vous développer cette vision ?
J.T. : Absolument. Le plastique est l’épine dorsale de la modernité et des secteurs stratégiques. Regardez les faits : Dans l’automobile, il représente 50 % du volume d’une voiture moderne, mais seulement 10 % de son poids. C’est lui qui permet d’alléger les véhicules électriques pour compenser le poids écrasant des batteries.
Dans l’aéronautique et l’aérospatial, près de la moitié des structures des avions récents (Boeing 787, Airbus A350) sont en matériaux composites – c’est-à-dire en plastique. Sans plastique, pas d’allègement, pas d’économies de carburant, pas de combinaisons spatiales, pas d’exploration en orbite. Sans emballages plastiques à usage unique, les spationautes mourraient de fin dans la station spatiale. On ne va pas utiliser du verre ou faire du vrac. Il faut un peu redescendre sur Terre, si on peut dire.
Dans la défense, sans plastique, il n’y aurait pas de gilets pare-balles, de vitres blindées, de masques anti-gaz ou des tenues de plongée… Faire la guerre au plastique est facile, faire la guerre sans au XXIe siècle est une chimère.
Les projections mondiales (OCDE, Pew) sont claires : la production globale de plastique va doubler, voire tripler d’ici 2050. Aucune autre famille de matériau (verre, métal, carton) ne connaît une telle dynamique. Les ONG crient au scandale face aux déchets, et il faut évidemment les gérer, mais sur le plan industriel, c’est une opportunité historique. Il serait suicidaire pour l’Europe de se détourner du matériau de l’avenir. La vraie question n’est pas de savoir si le monde consommera du plastique, mais qui va le fabriquer. Et dans cette bataille géopolitique, celui qui domine les plastiques domine le monde.
T.E.S. : Vous faîtes du plastique un enjeu de souveraineté nationale. Pourquoi est-il si crucial, selon vous, de défendre l’industrie française face à la concurrence mondiale ?
J.T. : Le plastique est une invention occidentale. Il a été développé par la France, la Belgique, l’Allemagne, l’Italie, la Suisse, les États-Unis, la Russie… Pas par la Chine ou l’Arabie saoudite. Pourtant, aujourd’hui, la Chine, qui importe son pétrole, domine 34 % de la production mondiale. La France, elle, pèse moins de 1 % de cette production avec ses 120 000 emplois et ses 3 000 entreprises, et ne contribue qu’à 0,02 % de la pollution océanique, selon les publications de l’Université d’Oxford. En Europe, l’industrie plastique représente 50 000 entreprises et près de 1,5 millions d’emplois directs.
Soyons logiques : détruire l’industrie plastique française ne sauvera pas les océans. Cela aura pour seul effet d’importer massivement des produits chinois, au détriment de notre souveraineté et de nos emplois. L’automobile en est le triste exemple : nos routes sont pleines de voitures, contenant plus de plastique qu’avant, mais nous ne les fabriquons plus en grande majorité.
Il y a d’ailleurs une hypocrisie fascinante sur ce sujet. Pendant le Covid, personne ne s’inquiétait d’avoir un masque en polypropylène collé sur le visage toute la journée. À l’hôpital, le sang, les perfusions, les seringues : tout ce qui entre en contact intime avec notre corps est en plastique, et heureusement pour des raisons d’hygiène ! Mais soudainement, boire de l’eau dans une bouteille en PET deviendrait un crime sanitaire ? Même l’eau du robinet, parée de toutes les vertus, arrive chez vous sous haute pression via des canalisations en PVC ou en polyéthylène. Le plastique nous maintient en vie au quotidien, mais on ne s’en offusque que lorsqu’il s’agit d’un emballage.
T.E.S. : Qu’il s’agisse de la fabrication, du coût d’utilisation ou même des émissions de gaz à effet de serre (GES), vous soutenez que le plastique surpasse ses concurrents directs. Sur quels éléments concrets fondez-vous cette affirmation ?
J.T. : Je le prétends et je le prouve. Le plastique est imbattable parce qu’il nécessite extrêmement peu d’énergie pour être fabriqué. Chauffer ou recycler du verre à 1400 °C, avec du gaz fossile qui devient soudainement vertueux pour les ONG, est un gouffre énergétique. Le dogme du « sans plastique », c’est mathématiquement une inflation des prix et une explosion des gaz à effet de serre (GES). Il est stupéfiant de voir des militants se dire anxieux du climat tout en exigeant le retour à des matériaux lourds et ultra-émetteurs. Le véritable climatosceptique n’est peut-être pas celui qu’on croit.
Mario Draghi, dans son rapport sur la compétitivité de l’Union européenne de septembre 2024, l’a écrit noir sur blanc : de tous les matériaux (verre, métal, bois, papier), le plastique est celui qui émet le moins de CO₂. Vouloir décarboner un matériau à base de carbone, qui est déjà le moins émetteur, est un non-sens intellectuel. Écologiquement, il consomme très peu d’eau (1 à 2 litres par kilo, contre 500 pour le papier ou 80 pour l’acier), et le PET des bouteilles se recycle en boucle fermée (une bouteille redevient une bouteille). Le verre apéritif ne se recycle pas ; le papier alimentaire finit en essuie-tout. Enfin, sans plastique, vous pouvez dire adieu aux pales d’éoliennes et aux panneaux solaires modernes. Tout comme le nucléaire, civil ou militaire, d’ailleurs. Les plastiques peuvent devenir problématiques quand ils sont abandonnés dans la nature mais c’est une question de fin de vie qui peut être traitée. Les autres matériaux ont de leur côté un problème de nature sur laquelle les marges de progression sont assez limitées.
Le plastique n’est pas la perfection, mais par sa versatilité, il s’en rapproche.
T.E.S. : En matière d’emballage, vous alertez sur les conséquences d’une éventuelle interdiction. Quelles seraient les pertes réelles pour les producteurs et les consommateurs ?
J.T. : L’emballage plastique n’est pas un caprice, c’est une barrière technologique. Il protège les produits frais contre l’oxygène, les microbes et l’humidité. Sans lui, un produit qui se conserve une semaine pourrira en deux jours. C’est l’emballage qui empêche un gaspillage alimentaire de masse, protégeant ainsi toute l’énergie, l’eau et les intrants investis en amont par nos agriculteurs.
Quant au mythe du « tout vrac », c’est un non-sens sanitaire. On a un peu oublié la période de la Covid-19 où les rayons vrac étaient fermés. Qui peut croire que c’était la dernière épidémie que nous ayons connu ? Dans un rayon de supermarché, le vrac peut favoriser la contamination croisée notamment pour les fruits et légumes. Pire : il rend impossible la distinction entre un produit bio et un produit conventionnel (par exemple dans le cas de fraudes à l’achat ou de mélanges involontaires), exposant le bio aux résidus phytosanitaires de ses voisins. Interdire l’emballage plastique, c’est organiser le gaspillage et signer l’arrêt de mort du bio en grande distribution.
T.E.S. : Sur le plan réglementaire, comment s’articulent aujourd’hui les législations européenne et française ? Que dénoncez-vous face aux interdictions actuelles ?
J.T. : Nous nageons en pleine schizophrénie réglementaire. Depuis la loi AGEC de 2020 promue par Emmanuel Macron, le code de l’environnement s’est transformé en machine de guerre contre l’industrie plastique. L’objectif de fin des emballages plastiques à usage unique d’ici 2040 menace directement 50 000 emplois. La réduction imposée de 50 % des bouteilles plastiques pour boissons d’ici 2030 frappe en plein cœur un patrimoine français attaché à des marques comme Cristaline ou Thonon, et met en péril 20 000 emplois dans les eaux minérales. Et pour quoi ? Remplacer ces bouteilles par du verre ajouterait 10 000 camions sur nos routes ! Le bilan carbone n’intéresse curieusement plus les écologistes quand il s’agit de punir le plastique.
Pendant ce temps, à Bruxelles, le discours est radicalement différent : on parle de simplification, de compétitivité et de dérégulation. L’Europe protège 99 % de ces emballages via son règlement PPWR, qu’elle inclut même dans la taxonomie verte pour doper l’économie circulaire. Le paradoxe est total : notre souveraineté industrielle est sauvée par l’Europe, pendant que la France tente de la tuer de l’intérieur. Les politiciens français adorent blâmer Bruxelles pour leurs propres errances, mais ils oublient que la France, au Conseil de l’UE, a elle-même validé ce règlement PPWR, qui interdit formellement d’entraver les emballages conformes ! L’idéologie dogmatique a pris le pas sur le respect de l’État de Droit.
L’illustration la plus frappante de ce naufrage a eu lieu le 18 février 2026, au Sénat. Ce jour-là, Vincent Louault, un sénateur du parti « Horizons » – ironie de l’histoire, le parti même de ceux qui avaient porté la loi AGEC en 2020 – a demandé, avec autant de courage que de panache, l’abrogation des mesures françaises entrant en collision frontale avec la nouvelle réglementation européenne. Il avait déposé des amendements de sauvegarde économique dans le cadre du projet de loi d’adaptation du droit français au droit de l’Union européenne (dite « DDADUE »), qui est précisément le véhicule législatif conçu pour purger notre droit de ces anomalies contraires aux règles de l’Union européenne.
Et là, stupeur : la rapporteure Les Républicains (LR), un parti se présentant comme pro-business et « de droite », a affirmé publiquement qu’il n’y avait pas de « surtransposition », que le Règlement européen n’empêche pas d’entraver des produits et qu’il faut ainsi, aller plus loin que l’Europe. Elle ignore purement et simplement que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, exige exactement l’inverse : mettre fin à ces excès nationaux qui ruinent notre compétitivité et fragmentent le marché intérieur créant ainsi une situation de concurrence totalement faussée. C’est aberrant, on marche sur la tête !
Le résultat ? Par l’absence massive et irresponsable d’une grande partie des sénateurs LR, les écologistes ont réussi à faire rejeter ces amendements à quelques voix près, lors des votes à main levée.
Je tiens pourtant à rendre un hommage appuyé aux sénateurs LR Max Brisson et Laurent Burgoa. De véritables Républicains au sens noble du terme qui, tels les pêcheurs de l’île de Sein, ont fait figure, aux côtés de Vincent Louault, de trop rares résistants. Ils ont montré un autre visage de la politique française, loin de l’indifférence ambiante ou de cette volonté latente de collaborer à la destruction méthodique de notre souveraineté industrielle française.

T.E.S. : Vous êtes très critique à l’égard des ONG, dénonçant notamment leur influence grandissante sur le débat et les peurs liées aux microplastiques. Que leur reprochez-vous exactement ?
J.T. : Les ONG ont un véritable business model fondé sur la peur. Face à l’échec de leurs campagnes émotionnelles sur les océans – puisque les Français continuent de plébisciter le côté pratique des bouteilles d’eau par exemple –, elles ont pivoté vers l’invisible : les micro voire les nanoplastiques, voire les additifs ou les substances chimiques. Plus c’est petit, plus ça passe !
Nous avons subi un déluge de titres anxiogènes : « on avale 5 g de plastique par semaine », « du plastique dans le placenta et le cerveau »… Sauf que la science, la vraie, prend son temps et finit par déconstruire ces paniques. L’étude du WWF sur les fameux « 5 grammes par semaine » a été pulvérisée en 2021 ; le chercheur a admis s’être trompé de plusieurs ordres de grandeur (c’était plutôt tous les 23 000 ans !). Mais l’étude était sortie, par un hasard providentiel, en plein débat sur la loi AGEC. Et elle continue encore ici ou là à faire des dégâts médiatiques.
Aujourd’hui, l’EFSA (l’Agence européenne de sécurité des aliments) a pointé les biais méthodologiques massifs de ces études alarmistes : échantillons contaminés par les blouses en polyester, confusions entre le plastique et les graisses naturelles du cerveau… Dire aux gens qu’ils ont une cuillère en plastique dans le crâne est une manipulation grossière. Récemment, même The Guardian (en janvier 2026) a fait son mea culpa en admettant que les alertes étaient largement exagérées, voire irréalistes. Ce pragmatisme britannique manque cruellement en France, où la culpabilisation reste l’outil privilégié de l’écologie politique.
T.E.S. : Malgré vos arguments, vous reconnaissez que la pollution plastique des océans est une réalité dramatique. Comment analysez-vous ce problème environnemental majeur et quelles solutions préconisez-vous ?
J.T. : La pollution plastique océanique est une réalité incontestable, mais elle souffre d’un biais de perception monumental. C’est un problème géographiquement ultra-localisé. L’Asie est responsable d’environ 81 % des rejets, avec les Philippines en tête (36 %), l’Inde ou la Malaisie Pourquoi ? Parce que ces pays manquent cruellement d’infrastructures performantes de collecte des déchets.
L’Europe entière contribue à 0,6 %, et la France à 0,02 %. La corrélation entre production et pollution est fausse : les pays occidentaux produisent massivement mais gèrent globalement bien leurs déchets. Le vrai fléau en France, ce n’est pas le matériau, c’est l’incivilité et surtout le scandale de l’enfouissement : on enterre encore près de 30 % de nos emballages plastiques, ce qui les livre aux quatre vents, contre 0 % en Allemagne, en Autriche ou aux Pays-Bas !
La solution n’est pas de tuer notre industrie, mais d’interdire totalement l’enfouissement chez nous, de taxer massivement l’incinération pour la rendre moins attrayante que le recyclage, de sanctionner durement l’incivilité, et surtout, d’exporter notre savoir-faire, et non plus nos déchets, vers les pays asiatiques. C’est là que se joue le sauvetage des océans.
T.E.S. : Face au « plastique bashing » que vous décrivez tout au long de cet entretien, quelles sont vos propositions concrètes pour renouer le dialogue et mieux communiquer auprès de l’opinion publique ?
J.T. : Il faut d’abord cesser de traiter l’industrie des polymères comme une anomalie honteuse. Elle est l’incarnation du génie scientifique européen et français, portant l’héritage de savants illustres comme Marcellin Berthelot, Henri Victor Regnault, ou encore Joseph Zeltner, chimiste d’exception assassiné à Auschwitz. Détruire aujourd’hui ce patrimoine pour satisfaire les dogmes d’une écologie punitive n’est pas seulement une erreur économique, c’est une véritable trahison de notre mémoire industrielle.
Aujourd’hui, il faut rééduquer le regard du public qui comme pour le nucléaire, a été manipulé. Les plastiques fabriqués dans l’Union européenne répondent aux normes sanitaires et environnementales les plus strictes au monde. On n’utilise pas en France du Bisphénol A, des phtalates ou des composés bromés pour fabriquer un emballage plastique destiné à l’alimentaire. Aux USA ou en Chine, je ne garantis rien. Quand un consommateur achète un produit, il doit désormais porter son attention sur le contenant avec autant d’exigence que sur le contenu, et privilégier le « fabriqué en Europe ».
Il faut aussi ramener de la raison scientifique dans le débat. Nos adversaires exigent du plastique une chimère absolue : « l’innocuité à 100 % ». C’est un concept qui n’existe dans aucune science sérieuse ! Rien n’est inoffensif à 100 %, pas même l’eau que l’on boit. Tout est question de dose, de seuil d’exposition et de balance bénéfices/risques. C’est la base absolue de la toxicologie que beaucoup d’idéologues semblent avoir oubliée. Le riz, par exemple, contient naturellement de l’arsenic, un poison reconnu : arrête-t-on pour autant de manger du riz ? Non. Concernant les microplastiques et nanoplastiques, ils sont scrutés à la loupe avec près de 20 000 études depuis une vingtaine d’années, et à ce jour, aucune n’a réussi à démontrer un quelconque danger réel pour la santé humaine dans des conditions normales d’exposition. En revanche et avec des doses massives, comme par exemple le fait de donner à des souris les mêmes quantités de microplastiques qu’un être humain pourrait absorber sur une période donnée, il n’est pas surprenant de constater des effets délétères. Mais est-ce encore de la science ?
Au fond, le « plastique bashing » est un luxe de nantis. C’est le combat de populations privilégiées qui oublient que leur confort quotidien, leur espérance de vie, et même leur capacité à pérorer sur les réseaux sociaux ou dans les médias reposent intégralement sur ce matériau.
Mon premier livre a contribué à ouvrir une brèche dans ce mur de déni. Chose impensable il y a encore deux ans : le débat politique s’est rouvert, la mise en cause des objectifs d’interdictions de produits en plastique est discutée publiquement, certains médias – encore trop peu nombreux à mon goût – commencent à chercher de la nuance, et les consommateurs, par leurs achats quotidiens (la Cristaline est le premier produit consommé en France dans les grandes et moyennes surfaces), prouvent qu’ils ne rejettent pas la praticité vitale du plastique et qu’ils ne se laissent pas influencer autant que certains voudraient le faire croire. Lors des récentes inondations, ce sont bien les bouteilles d’eau en plastique qui ont assuré l’aide humanitaire d’urgence ! À l’inverse, le vrac, que certains érigent en religion, est en réalité un concept profondément anti-solidaire à mon sens : un produit dénué de son emballage protecteur devient périssable, difficilement stockable et impossible à distribuer de manière hygiénique aux associations d’aide aux réfugiés ou aux sans-abris.
Par ailleurs, une thèse défendue dans mon ouvrage s’est avérée exacte : l’existence d’une ingérence étrangère, notamment allemande, agissant par ONG interposées pour déstabiliser l’industrie plastique française. Le centre de recherche de l’École de Guerre Économique (EGE) y a d’ailleurs consacré deux rapports en mentionnant explicitement mon livre. Il faut être lucide, tout le monde défend des intérêts. Ces ONG prétendument désintéressées, dont les financements massifs interpellent fortement, méritent que l’on examine leurs actions de bien plus près.
Il y a par ailleurs différentes représentations de l’industrie plastique qui ne se valent pas, loin de là. Certains, au sein même de notre industrie, sont prêts, pour d’obscures raisons, à sacrifier le secteur de l’emballage plastique à usage unique notamment pour complaire au gouvernement. Cela brouille inévitablement le message auprès des politiques et du public. Le fait est qu’ils sont très bons pour négocier la taille de leurs chaînes. À Plastalliance, nous travaillons à les couper.
Enfin, pour communiquer, il suffit parfois de regarder le monde tel qu’il est. Le traité international sur le plastique a échoué pour une raison implacable : les puissances mondiales (États-Unis, Chine, Russie, Inde et les pays du Moyen-Orient), qui étaient ouverts sur l’idée de mieux gérer les déchets, refusent catégoriquement de saborder leur production. Ce sujet réussit même l’exploit géopolitique de mettre d’accord l’Iran et les États-Unis ! Les « ayatollahs verts » ont tout simplement trouvé plus fort qu’eux : le mur de la réalité géopolitique.
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L’article, dont je partage entièrement les thèses qu’il expose, est long (trop?) Il faudrait une synthèse en 1 page qui reprendrait les grandes idées afin que le lecteur puisse relayer les propos auprès de ses relations. Je crois beaucoup à la pédagogie, mais elle demande des outils facile à utiliser