L’idée de cet article est venue à Christian Semperes, son auteur, à l’occasion de la prise de parole sur LCI de Caroline Fourest le 16/09/2025 au sujet de l’assassinat de Charlie Kirk. Elle lui a donné envie de creuser cette valeur fondamentale qu’est la liberté d’expression et qui pourtant divise encore, même après le Siècle des lumières, après plus de 250 ans. Un article qui vise à ouvrir un débat contradictoire sans combat.
Retour sur la tragédie de Charlie Kirk
Dans sa prise de parole, Caroline Fourest indiquait ne pas partager les idées et les prises de paroles de Charlie Kirk, loin de là, mais elle reconnaissait sa capacité d’écoute et d’argumentation, sans haine et sans violence. Autrement dit, elle revendiquait le droit à la liberté d’expression des idées de Charlie Kirk dans le cadre de la pensée de Voltaire donc, mais dans le respect des lois qui interdit et punit le recours à la violence et à la haine. Cette limitation de la liberté d’expression se rapproche alors de la pensée de Rousseau sur la liberté d’expression, dans un « contrat social » pour la cohésion sociale.
À l’heure où la liberté d’expression est remise en cause, la preuve on peut tuer celui qui ne pense pas comme vous ; à l’heure où les thèses extrémistes théistes et non théistes comme le marxisme et le nationalisme s’expriment en plaçant des cibles dans le dos des opposants devenus des ennemis du peuple ; il me semble opportun que chacun de nous réfléchisse à cette valeur fondamentale de la liberté d’expression, avant qu’une dictature, qu’elle soit du prolétariat ou autre, ne vienne nous retirer la liberté de penser différemment, même sans l’exprimer. Mon article a comme intention de vous donner des éléments de réflexion. C’est ce que je vous propose de voir aujourd’hui.
Voltaire et Rousseau
C’est bien avant la Révolution française que Voltaire et Rousseau se sont opposés sur la liberté d’expression.
Voltaire (1694-1778) a écrit des textes fondateurs de la liberté d’expression, particulièrement dans le « Traité sur la tolérance » en 1763 et « Candide » en 1759. Pour lui, cette liberté est essentielle au progrès de la société et à la lutte contre le fanatisme et l’obscurantisme. Il s’opposait à toute forme de censure, qu’elle vienne de l’Église ou de l’État. Il plaidait pour le droit de critiquer, même si cela peut choquer. Dans cette logique, il plaidait donc pour la liberté de blasphème qui pour les religions monothéistes entraînaient autrefois l’excommunication, voire le bûcher. Encore aujourd’hui d’ailleurs, cette liberté est remise en cause. Salman Rushdie en a fait les frais.
Dans cette logique, on attribue à Voltaire une citation, qui n’est pas de lui mais d’Evelyn Hall en 1906 « Je désapprouve ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. » Comme l’a rappelé Caroline Fourest, cette phrase résume la pensée de Voltaire. On ne doit pas mourir pour avoir exprimé librement sa pensée, mais on peut mourir pour revendiquer la liberté d’expression individuelle universelle.
Venons-en au désaccord entre Voltaire et Rousseau. Dans « Du Contrat social » publié en 1762, Rousseau (1712-1778) met l’accent sur la volonté générale et l’intérêt collectif, qui peuvent, selon lui, justifier des restrictions à la liberté individuelle, y compris la liberté d’expression, si celle-ci menace l’harmonie sociale. Pour Rousseau, la liberté ne consiste pas à dire ou faire n’importe quoi, mais à se soumettre à des lois que l’on s’est prescrites soi-même. Évidemment, cette prise de position a été combattue par Voltaire qui considérait que la liberté d’expression est un droit individuel inaliénable, même si elle peut parfois troubler l’ordre établi. Voltaire craignait que les restrictions au nom de la volonté générale ne mènent à l’arbitraire et à l’oppression.
Le désaccord entre Voltaire et Rousseau reflète deux visions opposées de la liberté et de la société. L’une individualiste et universaliste, celle de Voltaire, l’autre collectiviste et contractuelle, celle de Rousseau.
Quelle liberté d’expression ?
Après le rappel de ces deux positions, est-il difficile de prendre position sans altérer le droit à la totale libre expression et en même temps la cohésion sociale vitale pour une autre valeur tout aussi fondamentale, le vivre ensemble et en paix ? Encore une fois, le concept de la Spirale Dynamique nous montre la voie.
Recours à la Spirale Dynamique(*)
En effet, cette opposition frontale entre Voltaire et Rousseau est une illustration supplémentaire, si besoin était, de la Spirale Dynamique. Ce concept de l’évolution de l’Humanité qui est devenu un modèle d’accompagnement du changement démontre que l’Humanité s’est transcendée successivement dans des niveaux d’existence qui alternent valeurs individuelles et valeurs collectives. Évidemment, ces deux types de systèmes de valeurs ne peuvent que s’opposer puisqu’ils n’ont pas vocation à satisfaire les mêmes besoins, individuels ou collectifs. Dans cette dernière phrase, c’est bien un « ou » et non un « et. » Le « ou » entraîne une opposition de systèmes de valeurs antagonistes qui ne peut qu’aboutir à la haine et donc à la violence. La Spirale Dynamique prévoit le dépassement de cet antagonisme par « l’intégration en même temps du meilleur de tous les contraires dans une tension créative. » C’est le niveau d’existence JAUNE qui émergera après le saut majeur de conscience de l’Humanité qui consiste à n’intégrer en même temps que le meilleur de tous les contraires.
Comment avancer dans cette contradiction ?
Même si Caroline Fourest se revendique clairement de l’héritage de Voltaire, et non de Rousseau, dans son combat pour la liberté d’expression et la laïcité, elle a donné son point de vue. J’avoue le partager pleinement parce qu’il permet de concilier les deux antagonismes, en même temps. Ce point de vue illustre le saut majeur de conscience. Elle a rappelé qu’aujourd’hui, plus de 250 ans après Voltaire et Rousseau, on a introduit dans les lois de la République, une notion qui encadre la liberté d’expression, de mon point de vue sans l’aliéner. Il s’agit de l’appel à la violence et la haine qui est puni par la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. Elle « punit l’incitation à la haine, à la violence ou à la discrimination envers une personne ou un groupe de personnes en raison de leur origine, de leur appartenance ou non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée. » La loi du 13 novembre 2014 a renforcé cette loi en sanctionnant les propos faisant l’apologie du terrorisme. La loi Avia de 2020 a ajouté les sanctions contre les contenus haineux en ligne sur les réseaux sociaux.
Rappelez-vous ce que je citais précédemment, à savoir que Voltaire acceptait que la liberté puisse troubler l’ordre public. Ces lois autorisent le trouble dans les esprits pour que jaillisse la lumière à partir du débat contradictoire, en excluant le trouble physique jusqu’à l’appel au meurtre. En résumé et avec ces ajouts des lois que je viens de rappeler, la liberté d’expression est réaffirmée et confortée dans son intégralité, tant qu’elle n’appelle pas à la violence et à la haine. Autrement dit, le débat oui, le combat non ! Pourquoi ? Parce que « de la discussion vient la lumière. » Cette expression vient du questionnement Socratique qui pousse toujours plus loin le questionnement pour que jaillisse la lumière et du siècle des lumières faisant l’apologie du débat contradictoire d’où sort justement « la lumière. »
C’est ça l’intention de la liberté d’expression, à savoir la solution à nos problèmes d’existence. Les députés français seraient inspirés de se rappeler ces notions lors de leurs « débats » politiques à l’Assemblée nationale qui le plus souvent tournent au « combat » politique. Particulièrement en ce moment, au sujet du budget, un aspect vital pour notre liberté collective et individuelle, en même temps.
Au-delà du budget de la France, le débat touche bien évidemment tous les domaines qui animent les débats d’un pays, particulièrement le débat sur l’énergie, dans le cadre de la lutte contre le dérèglement climatique. Force est de constater, que l’écologisme qui impose aujourd’hui le dogme de la déesse nature en reléguant la science prométhéenne au rang de grand Satan, n’a rien à envier aux idéologies marxiste et nationaliste en verrouillant le débat contradictoire sur toutes les formes d’énergie bas carbone. Autrement dit, promouvoir le nucléaire très bas carbone serait à proscrire parce que redevable de la propagande d’extrême droite. Contrairement à ce que déclarent les extrémistes des deux bords, les ENR ne sont pas plus d’extrême gauche que le nucléaire serait d’extrême droite. Le débat contradictoire entre les différentes formes d’énergies bas-carbone et sur leurs avantages et leurs inconvénients respectifs serait bénéfique à la lutte efficace contre le dérèglement climatique. En vain ! Le débat contradictoire est verrouillé et transformé en combat stérile et préjudiciable à l’avenir des générations futures. Dans ses livres, Jean-Paul Oury argumente sur les risques de perte de liberté d’expression que fait courir l’écologisme, comme le laisse entendre le sous-titre de son livre « Greta a ressuscité Einstein » à savoir « la science entre les mains d’apprentis dictateurs. »
Pour clore cet article qui est une incitation au débat contradictoire, je me souviens de mon professeur de français en première. Voltairien invétéré, il nous faisait réfléchir au débat contradictoire entre Voltaire et Rousseau. À l’époque, je trouvais ce débat inintéressant et stérile. J’ai compris beaucoup plus tard qu’il me manquait un élément important qu’Aristote (384 – 322 avant JC) traduisait ainsi, « Seul un esprit éduqué peut comprendre une pensée différente de la sienne sans devoir l’accepter. » C’est ça qui me manquait, la maturité que seule l’éducation procure. Autrement dit, pour accepter les arguments divergents, il faut un niveau d’éducation. En s’appuiant sur l’ignorance et la méconnaissance, les idéologues d’extrême gauche et d’extrême droite l’ont bien compris pour imposer leurs thèses populistes respectives.
Citations de Voltaire et Rousseau
Pour celles et ceux qui voudraient approfondir leur réflexion sur le sujet, voici des citations de Voltaire et de Rousseau.
Les citations de Voltaire, pour une liberté d’expression absolue :
– « Le droit de dire et d’imprimer ce que nous pensons est le droit de tout homme libre, qui ne peut en être privé sans exercer la tyrannie la plus odieuse. » (Questions sur les Miracles)
– « Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! » (Traité sur la tolérance, 1763)
– « Nous avons assez de religion pour haïr et persécuter, et nous n’en avons pas assez pour aimer et pour secourir. » (Traité sur la tolérance, 1763)
Les citations de Rousseau pour la liberté limitée par la volonté générale :
– « Quiconque refusera d’obéir à la volonté générale y sera contraint par tout le corps : ce qui ne signifie pas autre chose sinon qu’on le forcera à être libre. » (Du Contrat social)
– « La liberté consiste moins à faire sa volonté qu’à n’être pas soumis à celle d’autrui ; elle consiste encore à ne pas soumettre la volonté d’autrui à la nôtre. » (Lettres écrites de la montagne)
– « L’homme est né libre et partout il est dans les fers. » (Du Contrat social)
(*) Christian Semperes « Comprendre la Spirale Dynamique pour mieux l’utiliser »
Sur la spirale dynamique
« La spirale dynamique est un outil pour comprendre les crises » Christian Sempéres (Interview)
« IA ou pas, nous ne connaitrons jamais le bout de rien » Philippe Gagnon (interview)
J’aimerais revenir sur cette phrase provocatrice, et même amusante,
« Je désapprouve ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire.
« se battre », et jusqu’à la mort en plus… cette phase de notre développement guerrier est facilement observable en spirale dynamique…. 🙃… et me donne envie de réfléchir à créer des phrases mieux assertives, pour… mieux s’entendre ?
Oui mais… En première boucle de Spirale, les couleurs aiment bien le combat ? Oui ?
« Comprendre la Spirale pour mieux l’utiliser… Écris-tu Christian
Je trouve que c’est un titre magnifique,
inspiré par les recherches de Graves et Mandela je propose des pistes de réflexion sur mon site, pour…😋
– tenter de mieux s’entendre quand même,
– mieux se réconcilier, sans trop se battre
Ça vaut la joie d’essayer ?
Merci pour le commentaire. Les 6 premiers niveaux d’existence de la spirale dynamique ne peuvent que se combattre. Voltaire et Rousseau ne pouvaient que se combattre. Le combat est une impasse. Il bloque l’évolution de l’Humanité.
Le saut majeur de conscience que propose la spirale dynamique est la clé pour ne plus être dans cette logique de combat. Il suffit « d’intégrer le meilleur de tous les contraires en même temps dans une tension créative ».