Hier EDF fêtait ses 80 ans. Je voudrais rappeler aux Français POUR QUOI ce fleuron national a vu le jour le 8 avril 1946. NB: Je n’ai pas fait de faute d’orthographe, j’ai bien écrit « POUR QUOI » en deux mots, c’est-à-dire « pour quoi faire » !
Pour cela j’ai exhumé un vieux texte de Marcel Paul, ministre communiste de l’Énergie à l’époque, qui est l’un des pères fondateurs d’EDF. Loin de moi l’intention de faire l’apologie du marxisme. Non je veux juste rappeler que, dans tout être humain, qu’il soit marxiste, nationaliste, capitaliste ou d’une autre idéologie, il a, en lui et en même temps, le meilleur et le pire. Voici le meilleur : Marcel Paul rappelle les droits et les devoirs, ce que j’aime à traduire par « le service public » et « le service au public ».
« Je vous demande de ne jamais oublier que vous avez en charge un instrument fondamental de la vie du pays. Votre dignité, comme l’intérêt national, vous font un devoir impérieux de continuer à défendre sans jamais défaillir le service Public propriété de la nation, contre les représentants du grand capital industriel et bancaire dont le seul objectif est d’asservir encore plus le pays à leurs insatiables besoins de domination et de profits; de continuer avec le même courage à défendre notre Légitime statut national, nos retraites, nos œuvres sociales, qui font désormais corps avec les deux établissement publics, issus du Conseil National de la Résistance, expression du combat de ceux quí ont été jusqu’au sacrifice de leur vie pour sauver le pays et, avec lui, ses riches traditions d’humanisme et de liberté. »
EDF, un instrument fondamental de la vie du pays
En 1946, EDF est créée dans l’après-guerre, dans un contexte de reconstruction nationale et de volonté de maîtrise publique des ressources stratégiques (électricité, charbon, gaz). L’énergie est vue comme un bien commun, indispensable à l’indépendance et au développement économique.
En 2026, l’électricité reste un pilier de la souveraineté française, mais EDF est aujourd’hui confrontée à des défis majeurs :
EDF est face à une dette colossale de plus de 60 milliards d’euros en 2024 due à l’ARENH. Les idéologues VERTS au pouvoir ont mis en place ce mécanisme pour éviter qu’EDF puisse autofinancer le nouveau nucléaire. 60 milliards de pertes liées à l’ARENH représentent 80 % du financement des 6 EPR2. CQFD, ce qu’il faut dénoncer.
Après les femmes et hommes d’État du siècle dernier, les idéologues au pouvoir au XXIᵉ siècle ont soumis l’électricité à la loi de la concurrence des marchés privés (Engie, TotalEnergies, acteurs étrangers) et ont fait pression pour une libéralisation accrue du secteur.
Je pose la question : En 2026, EDF est-elle encore perçue comme un « instrument fondamental de la vie de la société française » ou comme une entreprise affaiblie par les logiques financières et la fragmentation du secteur ?
Marcel Paul rappelait qu’il faut défendre le service public contre le grand capital
La menace existe-t-elle encore ?
La loi de 2023 sur la « société à mission » a réaffirmé le caractère public d’EDF, mais des voix (UE, lobbies libéraux) poussent à une privatisation partielle ou à une scission. Notamment, le lobby des énergies renouvelables — qui vit de subventions publiques(*) — verrait d’un bon œil la séparation d’EDF Renouvelables.
(*) Alors que le parc nucléaire français a été financé par emprunts intégralement remboursés sur le prix de l’électricité parmi les moins chers d’Europe, grâce à la PPE3, les subventions publiques aux ENRi, à fonds perdus donc, représentent 7,7 milliards d’€ en 2026, soit +24 % par rapport à 2025 et +114 % par rapport à 2024.
Les capitaux privés s’immiscent dans les investissements électriques, mais vous l’aurez remarqué, uniquement sur les moyens de production financés par subventions publiques. Par exemple, les parcs éoliens offshore sont souvent cofinancés par des acteurs privés, avec des garanties publiques de tarifs d’achat très lucratives. Or, tous les tarifs de rachat des parcs éoliens offshore français sont supérieurs au prix de rachat du MWh de l’EPR.
Le fait de garantir des tarifs de rachat est en contradiction flagrante avec l’objectif européen d’ouverture à la concurrence, qui repose sur le principe d’un marché basé sur l’offre et la demande. Cela révèle que la Commission européenne poursuivait un autre objectif : à savoir utiliser l’électricité comme une marchandise, bénéficier des subventions publiques et générer des bénéfices garantis.
Mais ce n’est pas tout ! En modifiant le calcul du prix de l’électricité, non plus sur les coûts de production, mais sur le principe du MERIT ORDER, qui a pour conséquence de l’indexer sur la volatilité du prix du gaz, le prix de l’électricité a explosé.
À l’objectif de libéralisation du marché pour favoriser la baisse des prix pour le consommateur, la Commission européenne a substitué un capitalisme de connivence entre les politiques au pouvoir et les industriels des filières ENRi. CQFD, ce qu’il faut dénoncer.
Constat : Marcel Paul avait un combat : créer un lien indéfectible entre l’électricité et le développement de la nation sous le principe d’un service public avec, en même temps, l’abondance, la garantie de service H24, la péréquation tarifaire, la souveraineté énergétique. On pourrait même ajouter aujourd’hui le très faible impact carbone. Décidé par les visionnaires au pouvoir au siècle dernier lors de la crise énergétique de 1973, le mix électrique nucléaire et hydraulique a garanti ce « en même temps » dans la durée. Le combat de Marcel Paul est toujours d’actualité. Mais les frontières entre public et privé se brouillent à cause du marché européen de l’électricité, qui est devenu un marché de dupe, par pure idéologie sous influence allemande et intérêt mercantile.

Le service public en 2026 : entre héritage et contradictions
L’héritage d’EDF, c’est son parc nucléaire et son parc hydraulique. Malgré les retards de l’EPR de Flamanville et les corrosions sous contrainte des réacteurs en 2022, grâce à son parc nucléaire, EDF reste le 1ᵉʳ producteur d’électricité décarbonée d’Europe depuis 45 ans. Avec 92,4 TWh d’exportation nette en 2025, EDF inonde toujours l’Europe d’électricité très bas carbone.
Durant de nombreuses années, la reconduction des concessions du parc hydraulique a été gelée, à cause de l’appétit des lobbies voulant « croquer le morceau ». Depuis 2025, cette menace a été levée. EDF garde ses concessions, mais en cédant 6 GW (25 % de sa capacité de production) au marché européen, un ARENH « hydraulique » déguisé.
Que retenir en 2026 ?
Marcel Paul avait raison. Le service public de l’énergie est indissociable de la souveraineté nationale et de la justice sociale. Mais en 2026, ce modèle est attaqué de toutes parts.
Avec son « baisse, éteins, décale », Mme Élisabeth Borne illustre l’idée selon laquelle les politiques au pouvoir ont oublié cette notion de « service au public H24 ».
Alors que l’énergie est un domaine régalien, qui touche l’activité économique de chaque pays et sa souveraineté, la Commission européenne fixe des règles de concurrence et met la pression pour la libéralisation du marché de l’électricité. C’est incompatible avec les investissements requis à long terme.
Avec son mix historique très bas carbone (nucléaire et hydraulique), le modèle d’EDF est plus que jamais vital pour la lutte contre le dérèglement climatique. De même, avec les crises énergétiques des produits pétroliers, le stock de combustible nucléaire (2 ans d’uranium naturel et 2 ans d’uranium enrichi, sans compter le stock de plutonium) nous met à l’abri. Tous les pays européens ne peuvent pas en dire autant. À titre d’exemple, l’Allemagne, qui avait misé sur le gaz russe pour sortir du charbon avec l’arrêt de son parc nucléaire.
Conclusion
Le texte de Marcel Paul est visionnaire. Il mérite de le relire périodiquement parce que le combat est inachevé. Le discours de Marcel Paul est un rappel à l’ordre :
EDF n’est pas une entreprise comme les autres.
L’énergie n’est pas une marchandise.
EDF incarne un choix de société.